Beau texte appelant a résister à la propagande.

Beau texte appelant a résister à la propagande.

Par Andre Vltchek

Quelquefois je suis poursuivi par des cauchemars : je suis en plein milieu d'un camp de réfugiés ravagé par des bombardements, peut-être au Congo (RDC) ou dans un autre pays désespéré à la périphérie de l'intérêt des médias. Les enfants courent autour avec des ventres gonflés, souffrant clairement de malnutrition. Beaucoup de femmes dans le camp ont des ventres gonflés aussi, mais pas à cause d'un acte d'amour, à la suite d'un viol qu'elles ont subi au cours des derniers mois. Il y a un tir d'artillerie venant des collines et les troupes de l'ONU sont impuissantes à l'arrêter.

Quelquefois je me réveille et le rêve est parti. Ou je réussis à le refouler ; à le purger de mon inconscient. Mais quelquefois il reste avec moi pour le reste de la journée. Et souvent ce n'est pas du tout un rêve, mais une réalité. Je me trouve en fait dans les endroits comme Kibati [Congo], faisant face aux yeux désespérés des enfants, aux yeux résignés, rouges et gonflés des femmes, au canon d'un fusil. Il y a des feux à l'horizon et des bruits de tir d'artillerie venant de la brousse. Et au lieu d'un oreiller, je serre l'obturateur de mon Nikon professionnel, ou le tube en métal de mon stylo.

Ce que j'écris et ce que je photographie parait régulièrement dans les pages des journaux et des magazines. Quelquefois une ou deux images font les murs des musées ou des galeries. Mais c'est toujours une lutte, une lutte pour persuader des rédacteurs, des éditeurs, des distributeurs, ou des conservateurs d'accepter au moins un aperçu édulcoré de réalité à montrer au grand public.

L'ère des reporters vaillants et des rédacteurs déterminés semble être terminée. Les correspondants qui ont couvert la guerre du Viêt Nam, qui ont en fait aidé à arrêter la guerre du Viêt Nam, se font plus vieux. Ils écrivent des mémoires et publient des livres, mais ils sont à peine témoins des conflits d'aujourd'hui. Il y a encore certains journalistes courageux et dévoués - Keith Harmon Snow ou John Pilger pour en mentionner juste deux - mais ils sont plus l'exception qui confirme la règle qu'une occurrence commune.

Et les courageuses voix alternatives sont plus nécessaires maintenant qu'à n'importe quel autre moment de l'histoire récente. Comme le contrôle des entreprises sur les médias devient presque total, presque tous les grands médias servent maintenant l'implantation des intérêts économiques et politiques. Plus ils font, plus ils parlent du besoin de liberté de la presse, d'objectivité et de reportages impartiaux ; ailleurs, pas à la maison.

Pendant que la plupart des média de langue anglaise exerce une répression sans précédent de l'information sur, par exemple, la brutalité de la politique étrangère occidentale en Afrique subsaharienne ou le génocide indonésien en cours en Papouasie Occidentale (deux parties du monde avec d'énormes réserves de matières premières exploitées par les compagnies minières multinationales), les titres des médias des classes dirigeantes aux États-Unis, Royaume-Uni et Australie intensifient leurs attaques contre les points de vues alternatifs venant de Pékin (PRC), Caracas, ou La Havane. La prise de pouvoir la plus forte par les fondamentalistes du marché, la rhétorique la plus antichinoise ou anti-Chavez apparaît sur les chaines des médias occidentaux - chaînes dont la propagande atteint maintenant quasiment chaque coin du globe.

J'ai grandi en Tchécoslovaquie et bien que je ne me souvienne pas des chars soviétiques roulant sur les rues de Prague en 1968, en tant que petit enfant, je me souviens clairement des conséquences - la collaboration, les mensonges et le cynisme du soi-disant « processus de normalisation ». Ce qui me consterne maintenant - étant un citoyen naturalisé des États-Unis - n'est pas tellement que tout ce que je décris ici est entrain en fait d'arriver, mais l'indifférence qui accompagne tous ces événements terribles. Et surtout, que la grande majorité des gens dans le soi-disant « Premier Monde parlant anglais » croit en fait ce qu'ils lisent dans les journaux et ce qu'ils voient sur les écrans de télévision. Les mensonges et la partialité semblent être trop évidents pour être ignorés ! Mais surtout ils existent. En décrivant le lexique du pouvoir occidental, Arundhati Roy a écrit une fois : « Alors maintenant nous savons. Les cochons sont des chevaux. Les filles sont des garçons. La guerre est la paix. » Et nous admettons qu'il en soit ainsi.

D'une certaine façon le contrôle de l'information est beaucoup plus achevé maintenant aux États-Unis ou au Royaume-Uni ou en Australie que cela le fut au cours des années 1980 en Tchécoslovaquie, Hongrie, ou Pologne. Il n'y a aucune « soif de vérité » - de vues alternatives - pour chaque pamphlet qui ose défier le régime et la langue de bois politique dans les livres et les films. Il n'y a pas une telle soif intellectuelle à Sydney, New York, ou Londres comme c'était courant de voir à Prague, Budapest, ou Varsovie. Les écrivains et les journalistes occidentaux au mieux « écrivent entre les lignes » et les lecteurs n'attendent, ni ne cherchent, de messages cachés.

Tout cela continue sans conteste : propagande et manque de visions alternatives. Il semble que nous ayons oublié comment mettre en question les choses. Il semble que nous ayons accepté la manipulation de notre présent et de notre histoire ; que nous nous retournions même contre ceux rares qui sont encore debout à gauche et défendant le sens commun et la vérité et ce qui peut être vu à l'½il nu, mais qui est nié au nom de la liberté, la démocratie et l'objectivité (les grands mots qui sont maintenant usés au point qu'ils en perdent leur sens). Sommes-nous, à l'Ouest, une fois encore sur le point d'entrer dans une ère où nous montrerons du doigt les dissidents, allons-nous devenir des indics et des collaborateurs ? Nous avons connu beaucoup de périodes comme ça dans notre histoire. Il y a peu de temps - il n'y a pas longtemps du tout !

Entre-temps, pendant que nos intellectuels collaborent avec le pouvoir et sont récompensés pour leurs efforts, des parties entières du monde baignent dans le sang, la famine, ou les deux. La collaboration et le silence parmi ceux qui savent, ou devraient savoir, est maintenant partiellement coupable de l'état actuel du monde.

Le parfait propos politiquement correct est ancré dans l'écriture, les discours, même la psyché de beaucoup de nos penseurs aussi, Dieu l'interdit, ils n'offenseraient pas les gens de pays pauvres (ils peuvent être massacrés et encouragés à s'étriper, mais ils ne devraient pas « être offensés », surtout leurs chefs politiques et religieux corrompus qui servent les intérêts de l'occident et de ses multinationales). Concrètement - les limites du débat permis sur les écrans de TV ou dans les pages de nos journaux ont été définies. Ou on pourrait dire que la droite et les classes dirigeants ont ridiculisé le « politiquement correct » pour défier les limites de discussion, aussi de la diffamation. Si cela convient à l'establishment, cela définit la dictature féodale dans les endroits lointains (aussi longtemps qu'ils servent ses intérêts comme partie prenante de la culture de tel ou tel pays qu'il contrôle ou veut contrôler. Si la religion sert des intérêts géopolitiques de L'Occident (lire : si la religion nous aide à tuer des chefs Progressifs/De gauche et leurs disciples), l'Ouest déclarera son respect profond pour telle religion, même notre soutien, comme l'Angleterre a soutenu le Wahhabism au Moyen-Orient, aussi longtemps qu'il a cru que le Wahhabism réprimerait le conflit pour une société égalitaire et la distribution équitable de ressources minérales.

Pendant que nous sommes occupés à dégommer Cuba pour les violations des droits humains (quelques douzaines de gens en prison, dont beaucoup seraient probablement accusés de terrorisme à l'ouest, puisqu'ils cherchent ouvertement à renverser la constitution et le gouvernement) et la Chine pour le Tibet (glorifier évidemment l'ancien seigneur féodal religieux juste pour contrarier et exclure la Chine est le principal objectif de notre politique étrangère - une approche ouvertement raciste) il y a des millions de victimes de par nos intérêts géopolitiques pourrissant ou déjà enterrées au Congo (DRC) et ailleurs en Afrique sub-Saharienne, en Papouasie Occidentale, au Moyen-Orient et ailleurs.

Notre palmarès des droits de l'homme (si nous considérons tous les êtres humains « humains » et admettons que violer les droits d'un homme, une femme ou un enfant en Afrique, Amérique Latine, Moyen-Orient, Océanie ou Asie est aussi déplorable que le fait de violer des droits de l'homme à Londres, New York, ou Melbourne) est si épouvantable - aujourd'hui comme dans le passé - qu'il n'est pas imaginable que nos citoyens puissent croire encore que nos pays ont un effet de levier moral et devraient être autorisés à arbitrer et à exercer un jugement moral.

Pendant que la propagande post-guerre froide (l'anéantissement de tout qui a été laissé par les mouvements progressistes) ose comparer l'Union Soviétique à l'Allemagne nazie (la même Union Soviétique qui a été sacrifiée par l'Ouest à l'Allemagne nazie ; la même Union Soviétique qui au prix de plus de 20 millions de vies a sauvé le monde du Fascisme), on omet le fait que les premiers camps de concentration n'ont pas été construits par les Russes, mais par l'Empire britannique en Afrique ; et qu'aucun Goulag ne peut égaler les horreurs de la terreur coloniale exercée par les pouvoirs européens entre deux guerres mondiales.

La propagande est si ancrée dans la psyché nationale aux États-Unis et en Europe qu'aucune discussion de cette sorte n'émerge, n'est réclamée, ou simplement permise ou tolérée. Pendant que la révolution soviétique, et plus tard les Goulag, sont utilisés comme une preuve douteuse qu'un système Socialiste ne peut pas vraiment fonctionner (pendant que Staline était clairement paranoïaque, il n'y a eu aucun démenti concernant le complot pour diriger les nazis à l'Est - le fait de sacrifier la Tchécoslovaquie par la France et la Grande-Bretagne à la Conférence de Munich en 1938 était la preuve claire de cela), l'holocauste de l'occident en Afrique (par exemple l'extermination belge de dizaines de millions de Congolais pendant le règne de Roi Leopold I) n'est pas présenté comme la preuve que les monarchies de style occidentale et le fondamentalisme du marché sont essentiellement dangereux et inacceptables pour l'humanité, ayant déjà assassiné des centaines de millions de gens partout dans le monde.

Évidemment tout venait de l'argent et de l'avarice européenne - des matières premières -ce pourquoi des dizaines de millions de gens au Congo ont du mourir il y a cent ans (c'était alors le caoutchouc). Les raisons ne sont pas si différentes que cela maintenant, bien que les meurtres soient principalement exécutés par les forces locales et par l'armée du voisinage et maintenant le fidèle Rwanda pro-étasunien, aussi bien que les mercenaires. Et les raisons ne sont pas très différentes en Papouasie Occidentale, sauf que là le meurtre est exécuté par les troupes indonésiennes défendant les intérêts économiques des élites corrompues de Jakarta aussi bien que les compagnies multinationales occidentales ; ou en Irak.

Et nous ne sommes pas plus indignés. Les citoyens légalistes de nos pays ne jettent pas les ordures dans les rues, attendent au milieu de la nuit docilement un feu vert pour traverser les rues. Mais ils ne s'opposent pas aux massacres exécutés au nom de leurs intérêts économiques. Aussi longtemps que les massacres sont bien emballés par les médias et l'appareil de propagande, aussi longtemps qu'on n'explique pas clairement que le meurtre sert à soutenir le monde des affaires, mais aussi le niveau relativement élevé de la majorité de ceux qui vivent dans les soi-disant « pays développés », aussi longtemps que c'est très officiellement pour les droits de l'homme et la démocratie et la liberté. Une des raisons pour laquelle la propagande officielle est si facilement acceptée, c'est parce qu'elle aide à masser et calmer notre mauvaise conscience.

Les élites intellectuelles et l'université ne sont pas à l'abri d'accepter, recycler et même inventer des mensonges. Au cours des dernières années j'ai été invité à intervenir dans plusieurs universités d'élite du monde parlant anglais - de Melbourne à l'université de Hong-Kong, Columbia et Cornell, Cambridge et Auckland. Je me suis rendu compte que la récusation des thèses existantes ne signifie pas que l'on défend l'intégrité intellectuelle : tout le contraire. Même plus que dans les médias, l'université est profondément hostile à contester des clichés établis. Essayez ouvertement d'être en désaccord avec la thèse selon laquelle l'Indonésie est un état tolérant, faisant un effort de démocratie et qui sait quoi d'autre qui a gagné tant de professeurs en poste et vous serez étiquetés comme un extrémiste, ou comme un provocateur au mieux. Et il sera très difficile d'éviter des insultes ouvertes. Essayez de contester les vues antichinoises monolithiques !

Dans l'université anglo-saxonne, exprimer sa propre opinion est indésirable, presque inacceptable. Pour le faire point, un écrivain ou un orateur doit citer quelqu'un d'autre : « il est dit par M. Green que la terre est ronde. » « Le Professeur Brown a confirmé qu'il pleuvait hier. » Si personne d'autre ne l'a dit auparavant, c'est douteux que cela ait existé. Et l'auteur ou l'orateur sont fortement découragés d'exprimer leur opinion sur une question à coté. En résumé : on s'attend à ce que presque n'importe quel point de vue ou bout d'information soit confirmé par l' « establishment », ou au moins par une partie de lui. Cela doit passer par la censure informelle.

De longues listes de notes en bas de page ornent maintenant presque n'importe quel livre de non-fiction, de même que les groupes d'universitaires et beaucoup d'auteurs de livres d'essais, au lieu de faire une grande partie de leur propre recherche et travail de terrain, se citent sans relâche et se re-citent. Orwell, Burchett, ou Hemingway trouveraient extrêmement difficile d'évoluer dans un tel environnement.

Les résultats sont souvent grotesques. Deux cas en Asie sont de grands exemples de cette lâcheté et servilité intellectuelles pas seulement du corps diplomatique, mais aussi de la communauté universitaire et journalistique : la Thaïlande et l'Indonésie.

Les clichés créés par les médias anglo-saxons et l'université sont répétés sans relâche par les principaux médias, y compris BBC et CNN et par presque tous les quotidiens influents. Quand nos médias parlent du Cambodge, par exemple, ils oublient rarement de mentionner le génocide « communiste » khmer rouge. Mais on devrait fouiller samizdat pour apprendre que les khmers rouges ont accédé au pouvoir seulement après le violent tapis de bombes des Etats-Unis jeté sur la campagne. Et que quand le Viêt Nam a mis dehors le Khmer Rouge, les Etats-Unis ont demandé aux Nations Unies le « retour immédiat du gouvernement légitime » !

Il y a presque rien dans les éditions en ligne des journaux occidentaux pour dépeindre les horreurs déchainées par l'Ouest contre l'Indochine, l'Indonésie (2 à 3 millions de personnes tuées après que les Etats-Unis aient soutenu le coup d'état qui a porté le général Suharto au pouvoir) et le Timor oriental, pour en mentionner juste quelques-uns.

Je n'ai jamais entendu parler d'aucun homme public à l'Ouest utilisant les médias pour appeler au boycott de quelque chose d'indonésien à cause du meurtre continu des Papous (juste quelques uns ont paru être indignés au cours des années 1970 et 80 par le génocide au Timor oriental). Le Tibet est une affaire différente. La critique de la Chine sur sa politique au Tibet est épique. La critique de la Chine est en général monumentale et disproportionnée.

Chaque fois que la Chine échoue, c'est parce que « elle est toujours Communiste » ; quand elle réussit, « elle n'est plus Communiste ». En tant que lecteur, je veux savoir des chinois si leur pays est Communiste ou non. De ce que j'entends, il l'est encore et, de plus, la grande majorité veut encore que cela le soit.

Mais cela ne suffit pas : on ne peut pas faire confiance à la plus vieille culture importante de la planète pour se décrire elle-même : le travail doit être fait par les interlocuteurs natifs anglais, par les seuls gens choisis ou sélectionnés pour influencer et former l'opinion publique mondiale.

Je veux avoir des nouvelles par mes collègues à Pékin. Je veux qu'ils soient capables de discuter ouvertement avec ceux qui tiennent leur pays responsable (absurdement) de tout, du Soudan à la Birmanie à l'environnement malmené. Combien de reportages avons-nous vu sur BBC world dépeignant des usines chinoises éructant de fumée noire et combien en avons-nous vu sur la pollution créée par les Etats-Unis - encore le plus grand pollueur sur la terre ?

Ou quelles sont les pensées des savants japonais, des écrivains et des journalistes sur la Deuxième Guerre mondiale ? Nous savons tous que les journalistes parlant anglais basés à Tokyo croient ce que leurs collègues japonais pensent, mais pourquoi nous empêche-t-on habituellement de lire des traductions directes de travaux écrits par ceux qui remplissent les pages de certains des plus grands journaux sur la terre, publiés au Japon et en Chine ? Pourquoi devons-nous être guidés par une prudente main invisible qui forme le consensus global ?

Parlant couramment espagnol, je réalise à quel point les tendances actuelles en Amérique Latine sont peu représentées dans les publications aux Etats-Unis, en Grande Bretagne et en Asie. Mes collègues latinoaméricains se plaignent souvent qu'il est presque impossible de discuter du Président vénézuélien Hugo Chavez ou Président bolivien Evo Morales à Londres ou à New York avec ceux qui ne lisent pas l'espagnol - leurs opinions apparaissent uniformes et bêtement partiales.

Ces jours-ci la gauche est évidemment le thème principal - la question réelle - en Amérique Latine. Pendant que les journalistes britanniques et nord-américains et les écrivains analysent les révolutions latinoaméricaines récentes à la lumière des directives politiques de leurs propres publications, les lecteurs partout dans le monde (à moins qu'ils comprennent l'espagnol) ne savent quasiment rien des opinions de ceux qui sont en ce moment précis entrain d'écrire l'histoire du Venezuela ou de la Bolivie.

Combien de fois est apparu sur les pages de nos publications que Chavez a introduit la démocratie directe, en permettant aux gens d'influencer l'avenir de leur pays par les référendums innombrables pendant que les citoyens de nos « démocraties réelles » doivent se taire et faire ce que l'on leur dit ? On n'a pas permis aux Allemands de voter sur l'unification ; on n'a pas demandé aux Tchèques et aux Slovaques s'ils ont voulu leur « Divorce de Velours » ; les citoyens britanniques, italiens et étasuniens devaient mettre les bottes et marcher en Irak.

Les journaux de langue anglaise sont remplis de reportages sur la Chine sans que des chinois soient autorisés à leur parler. Ils sont aussi remplis de reportages sur le Japon, où des japonais sont cités, mais on ne leur fait pas confiance pour partager leurs articles à propos de leur propre pays - des articles qui seraient écrits par eux du début à la fin.

Jusqu'à maintenant, la langue anglaise est le principal outil de communication dans le monde, mais pas pour toujours. Ses écrivains, journalistes, journaux et maisons d'édition ne facilitent pas la meilleure compréhension entre les nations. Ils échouent totalement à promouvoir la diversité des idées.

Les médias utilisent l'anglais comme un outil au service d'intérêts politiques, économiques, même intellectuels. On force un nombre croissant de locuteurs non- natifs à utiliser l'anglais pour faire partie du seul groupe qui a de l'influence ; le groupe qui importe - le groupe qui lit, comprend et pense dans « le bon » sens. Au top de l'orthographe et de la grammaire, les nouveaux venus dans ce groupe apprennent comment sentir et réagir au monde autour d'eux, de même qu'ils doivent le considérer objectif. Le résultat est l'uniformité et la discipline intellectuelle.

Quand je me réveille au milieu de la nuit, poursuivi par les cauchemars et les images que j'ai, il y a bien longtemps, téléchargées depuis mes appareils photo, je commence à rêver à un meilleur et plus juste arrangement du monde. Mais il y a toujours la même question rampante que je me pose à moi-même : comment y arriver ?

Je pense à toutes les révolutions réussies du passé - toutes ont une condition préalable commune : éducation et information. Pour changer les choses, les gens doivent savoir la vérité. Ils doivent connaître leur passé.

C'est ce qui a été répété à maintes reprises aux citoyens du Chili, d'Argentine et d'Afrique du Sud. Aucun meilleur avenir, aucune réconciliation honnête et juste ne peut être accomplie tant que le passé et le présent ne sont analysés et compris. C'est pour cela que le Chili a réussi et l'Indonésie a échoué. C'est pour cela que l'Afrique du Sud, en dépit de toutes ses complexités et problèmes est sur le chemin pour exorciser ses démons et évoluer vers un avenir bien meilleur.

Mais l'Ouest, l'Europe, les États-Unis et dans une large mesure l'Australie - tous vivent dans la dénégation. Ils n'ont jamais complètement accepté la vérité de la terreur qu'ils ont déversée et déversent encore contre la grande majorité du monde. Ils sont toujours riches : les plus riches, comme ils vivent de la sueur et du sang d'autres. Ils sont encore un empire - un Empire - uni par la culture colonialiste : un tronc et des branches : tout en un.

Il n'y aura jamais de paix sur la terre, une réconciliation réelle, à moins que cette culture de contrôle ne disparaisse. Et la seule voie pour la faire disparaître est de faire face à la réalité, parler et revisiter le passé.

C'est la responsabilité de ceux qui connaissent le monde et comprennent la souffrance de ses gens pour dire la vérité. Peu importe le prix, peu importe combien de privilèges disparaîtront avec chaque phrase honnête (tous nous savons que l'Empire est vindicatif). Pour ne pas dire la vérité au pouvoir (il ne le mérite pas) mais contre le pouvoir. Négliger les institutions existantes des médias à l'université, comme ils ne sont pas la solution, mais font partie du problème, co-responsables de l'état du monde dans lequel nous vivons ! Seule une multitude de voix répétant ce que tout le monde, sauf ceux dans les pays dirigeants, semble savoir ; les voix amalgamées dans « J'accuse », vaincront les erreurs actuelles qui gouvernent le monde. Mais seulement les voix vraiment unies et seulement dans une multitude. Avec détermination et grand courage !

Traduit de l'anglais pour El Correo de : Estelle Debiasi.

# Posté le mardi 18 août 2009 18:51

L'Otan , une arme dangereuse de spoliation et de pillage

L'Otan , une arme dangereuse de spoliation et de pillage
Alerte OTAN


Sur ce thème, le CSO a participé à l'animation d'un atelier lors de la Conférence Internationale « No to Nato – no to the war » à Strasbourg. En voici un résumé. Le texte complet de cette intervention est disponible sur le site http://www.csotan.org/textes/texte.php?art_id=443&type=articles L'OTAN s'est autoproclamée en 1949 comme "Alliance des démocraties, des Pays de la Liberté..." entre puissances coloniales principalement et les USA. Le discours actuel n'a pas vraiment changé et reste hypocrite : au nom de la défense de la démocratie, les pays de l'OTAN ont soutenu le pillage des ressources naturelles des pays colonisés, les dictatures voire, les installant (Guatemala, Iran, Congo, Chili etc...). Que l'on soit pendant ou après la "guerre froide", le rôle de l'OTAN reste de voir comment préserver l'accès aux ressources énergétiques de la planète à une poignée de super riches ! Autrement dit, comment assujettir les pays concernés, au moyen de la douceur du libéralisme ou du mécanisme de la dette ou de la pure menace militaire, afin de s'emparer de leurs richesses naturelles et de les contrôler.


Car en terme brutal, dans le système économique mondial actuel, "il n'y en a pas assez pour tout le monde" donc au plus fort de s'en emparer. Autrement dit : la loi du plus fort est, tout compte fait, toujours la meilleure.


Comment l'Otan présente son rôle à ce propos ?


Depuis 1999 et l'élaboration de son Nouveau Concept Stratégique, l'Otan redoutant les risques d'interruption ou de crise dans le flux des ressources vitales entendons par là énergétiques, a chargé au Sommet de Riga en novembre 2006, le Conseil en session permanente de « procéder à des consultations sur les risques les plus immédiats en matière de sécurité énergétique, afin de définir les domaines dans lesquels l'OTAN pourrait apporter une valeur ajoutée s'agissant de préserver les intérêts des Alliés en matière de sécurité et, sur demande, de contribuer aux efforts nationaux et internationaux ». Ce programme a été confirmé dans sa continuité lors du sommet de Bucarest (2008) et reste à l'ordre du jour du sommet de 2009.


Dans ses documents officiels, l'Otan présente son « rôle dans la sécurité énergétique » en donnant l'exemple de l'Opération Active Endeavour (missions en Mer Méditerranée) : le texte consultable sur le site de l'Otan met bien en évidence que la sécurité énergétique et plus généralement son approvisionnement sont désormais des domaines que l'OTAN s'attribue. Cela concerne le pétrole, le gaz, le charbon, l'énergie nucléaire, les minerais stratégiques et prochainement l'eau et les aliments. C'est ici qu'apparait une confusion entre sécurité des populations et celle des intérêts économiques des états membres de l'OTAN, les plus puissants étant les plus entendus dans cette logique qui s'étend ...de l'Arctique à la Mer Rouge, de l'Afrique à l'Amérique Latine et à l'Asie. Egalement, dans cette stratégie, l'OTAN empêche militairement d'autres pays dont la Russie, la Chine et des états de l'ex-camp socialiste à développer leur sécurité.


Une première conclusion s'impose : les mouvements pacifistes et progressistes d'Europe et des Etats-Unis doivent lutter pour la dissolution de l'Otan et pour instaurer un système économique répondant aux besoins des populations et non à la cupidité de quelques multinationales.


- En Afrique, l'OTAN envoie ses navires de guerre pour chasser les pirates. Mais il y a piraterie et piraterie et les "tankers" déchargeant massivement des déchets nucléaires produits par les pays membres de l'OTAN, ceux acheminant des armes, ceux traitant la pêche industrielle au détriment des populations locales, eux...ne sont nullement inquiétés ! En fait l'OTAN installe une police militaire navale dans les régions où circule l'approvisionnement énergétique occidental. L'échec du commandement militaire intégré Africom par l'OTAN s'est commué en pénétrant l'Afrique autrement, et cela même au prix de concessions pour le partage des butins avec d'autres alliés.


- En Arctique, région d'intérêt stratégique pour l'Otan depuis qu'avec le réchauffement climatique, la fonte des glaces permettra d'accéder aux ressources gigantesques de pétrole, de gaz et de charbon, de minerais, 5 pays bordent l'Océan Arctique : la Russie et 4 membres de l'Otan, le Canada, les Etats-Unis, l'Islande et la Norvège. La Russie représente un adversaire...et probable nouvel ennemi !


- En Amérique Latine, depuis avril 2006, l'OTAN a participé à des man½uvres navales dans les Caraïbes appelées "confraternité avec les Amériques". Officiellement elles resserrent les liens militaires et luttent contre le trafic de drogue, contre le terrorisme. Mais .... le gouvernement hollandais (patrie de l'actuel président de l'OTAN) accusait le Venezuela de vouloir annexer une île proche de ses côtes. Quant au terrorisme il avait un nom: le gouvernement Chavez ! L'Amérique Latine a de nombreuses ressources énergétiques (pétrole et gaz essentiellement) ce qui permet à certains de ses Etats de réduire leur dépendance aux Etats Unis. 12 Etats ont d'ailleurs créé l'Union des Nations Sud-Américaines, union économique, monétaire et politique, incluant un volet militaire ce qui déplait aux Etats-Unis et à l'OTAN qui les considèrent comme dangereux voire terroristes ! Jusqu'à présent, l'OTAN n'est présente en Amérique Latine qu'occasionnellement, au travers de ces man½uvres conjointes. Mais si la crise économique s'aggrave, l'accès aux ressources énergétiques devient plus difficile et coûteux, on peut s'attendre au pire.


- En Asie Centrale: pas de sécurité énergétique de l'OTAN sans guerre ! Afghanistan, Pakistan, Irak, les 5 ex-républiques soviétiques (Kazakhstan, Kirghizie, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan), sont des pays en jeu pour contrer la Russie et la Chine mais ... ils sont regroupés dans l'organisation de coopération de Shanghai où l'Iran les rejoindra incessamment. Il existe également des accords entre les pays autour de la mer Caspienne. Quant à la Géorgie, l'OTAN y est alors qu'elle n'en fait pas partie...

# Posté le mercredi 29 juillet 2009 12:04

Modifié le mardi 18 août 2009 18:58

Communiqué de la direction de l'Emirat Islamique d'Afghanistan au sujet de Barack Obama.

Communiqué de la direction de l'Emirat Islamique d'Afghanistan au sujet de Barack Obama.
Au nom d'Allah, le compatissant, le très miséricordieux.


CONCERNANT LE SOI DISANT DISCOURS D'OBAMA ADRESSE AUX NATIONS ISLAMIQUES.


Le président américain obama a été élu pour redorer l'images des américains qui ont perdu toute crédibilité. C'est pourquoi obama se tourne vers le monde islamique pour leur rendre visite et essayer de les convaincre. Les médias occidentaux, en dépeignant un obama ouvert depuis plusieurs semaines, essayent de gagner les c½urs et les esprits des musulmans.

Depuis le Caire, l'allocution d'obama n'a aucune vision politique pour réduire cette ranc½ur entre les musulmans les USA. Bien qu'il est parlé pendant 48 minutes, il n'a su donner aucun véritable message positif aux nations islamiques. Il a parlé le plus souvent de clichés enveloppés de messages politiques et si nous regardons objectivement son discours dans sa totalité, il n'a pas parlé de la politique d'oppression et des changements futurs envers les musulmans. Aucun changement qui pourrait marquer le discours d'obama n'a été énoncé pour le monde musulman.

Le conseil de l'émirat islamique d'Afghanistan, considère que le discours d'obama aux nations musulmanes, comme une résultante de la politique précédente. en conséquence, le Conseil déclare les points suivant :

1 - Les déclarations de bonnes intentions et de tolérance du président des USA sont là. Tandis que ses troupes, en Afghanistan et en Irak occupés, sont occupés a massacrer, torturer, arrêtant et remplissant les prisons de civils innocents. Dans ces prisons, les martyrs sont nombreux, la brutalité et les humiliations sont nombreuses. Quand vous regardez la barbarie américaines et les humiliations, le discours d'obama n'est rien d'autres que des jeux de mots.

2 - Dans le discours sans signification et sans vérité de barak obama, est une preuve qu'il voudrait justifier le meurtre de masse en Afghanistan et en Irak comme une action judiciaire prise par les USA. Il essaye d'expliquer que les efforts continus de ses troupes de croisé contre les nations de ces deux pays musulmans est une manière légale pour protéger les intérêts nationaux des USA. La violation de la liberté des personnes, le meurtre de masse et les actes de tortures des pays envahis ne peuvent etre marqués par la légalité et accepté de tous.

3 - Barak Obama va essayer de cultiver la discorde entre les peuples musulmans par ses propensions politiques. Il aura pour mission d'inciter l'animosité et la jalousie parmi les musulmans et parmi les nations islamiques. Il essaie de créer des dissensions parmi les rangs des musulmans ainsi ils peuvent se combattre et il peut abuser de cela en conformité avec ses propres intérêts, mais les musulmans sont solidement attaché par leur foi et leur système de croyance. Aujourd'hui, tous les musulmans éveillés participent a différentes manières au jihad. Les USA sont en guerre contre l'islam et la nation musulmane entière.

4 - Il déclare que les américains n'avaient aucun interet a rester longtemps en Afghanistan et en Irak et n'est pas en faveur de la présence militaire dans la région. Ajoutant qu'ils n'ont aucune intention d'imposer leurs « valeurs » et leurs règles. Mais la réalité démentent les déclarations des américains. En Afghanistan, les bases militaires sortent de terre, jusqu'à maintenant il y a 12 bases aériennes énormes en Afghanistan qui permettent a de gros transporteurs d'atterrir. Ces nombreuses bases prouvent que les USA ont bien l'intention d'augmenter leur capacité logistique et répondre a des besoins bien plus important que le seul fait de mener une guerre en afghanistan. Ces faits indiquent que tous les pays de la région sont aussi concernés par une présence hyper-militarisée dans l'afghanistan.

5 - Obama affirme quitter le pays lorsqu'il sera complètement pacifié et que l'atmosphère sera plus paisible. C'est si drôle de le voir assimiler son action meurtrière a une action de paix dans la région, alors que la cause principale des problèmes et de la violence systémique est leur présence. La résistance continuera tant que les troupes US sont présentes en afghanistan. Si obama veut vraiment la paix et la sécurité dans la région et en Afghanistan, il doit mettre un terme a l'invasion et a la présence militaire illégale afin de préparer le terrain pour la paix et la sécurité. Notre pays est pris d'assaut pour des stratégies régionales.

6 - Le grave problème du moyen orient est l'un des autres sujets, c'est-à-dire la palestine. Obama a essayé de peindre un tableau idyllique des sionistes aux musulmans en justifiant la torture, l'oppression de nos frères musulmans de palestine. Il faudrait que les musulmans acceptent la barbarie sioniste sur nos frères musulmans parce qu'ils auraient souffert.

Il a utilisé l'histoire du fameux holocauste et du génocide de 6 millions de juifs mais est passé rapidement sur les 70 années de souffrance palestiniennes. Sans prendre en compte la moindre seconde que les palestiniens doivent subir grâce a l'entité sioniste. Il a également recommandé aux chefs arabes d'établir de bonnes relations avec l'entité « perfide ». mais a évité soigneusement le sujet des pauvres gens de Ghaza, comment leur fournir de l'aide médicale et alimentaire. Il n'a pas parlé du blocus. Ceci prouve qu'il n'est pas venu avec une offre de paix, mais a voulu transmettre ses pensées arrogantes et donner des leçons aux musulmans pour protéger les intérêts des us-raeliens.

Nous, Emirats Islamiques d'Afghanistan appelant à être ferme sur ses terres, à défendre les faibles, les opprimés et à protéger les lieux saints. Continuer le combat contre ces matérialistes jusqu'à notre liberté, notre indépendance et l'installation d'un gouvernement fixé par nos soins.

Emirat Islamique de l'Afghanistan

# Posté le dimanche 21 juin 2009 14:59

Modifié le mardi 18 août 2009 18:59

Les 12 régles électorales de base pour de bonnes élections en pays en voie de développement.

Les 12 régles électorales de base pour de bonnes élections en pays en voie de développement.
Les règles de base des occidentaux pour les élections dans les pays en voie de développement


1) Quand les candidats préférés des occidentaux gagnent, les élections sont libres et honnêtes. Et quand ils perdent, les élections sont certainement non libres et truquées.

2) Les protestations violentes contre les élections gagnées par les candidats préférés de l'Occident doivent être fermement condamnées et les manifestants qualifiés de terroristes, de voyous et de foule enragée (imaginez-vous si les partisans de l'opposition libanaise s'étaient lancés dans des manifestations violentes contre les résultats du scrution au Liban) ; tandis que les manifestations violentes contre les ennemis des Etats Unis (comme en Moldavie) doivent susciter l'admiration (et dans ces cas, les manifestants sont qualifiés de « militants de la démocratie».)

3) Ce n'est pas par opposition à des élections libres que les gouvernements occidentaux interfèrent dans les élections et financent des candidats via des organisations occidentales de promotion de la démocratie.

4) Les candidats (ou même les dictateurs) qui servent les intérêts occidentaux sont automatiquement qualifiés de « candidats réformistes » (même le tyran séoudien estprésenté comme animé d'un « esprit de réforme »), tandis que les candidats qui s'opposent aux intérêts politiques et économiques de l'Occident sont qualifiés d'ennemis de la réforme.

5) Les candidats dont le discours sur Israël n'est pas vigoureux sont toujours favorisés.

6) Les observateurs électoraux occidentaux sont toujours prêts à déclarer une élection injuste et truquée si leurs candidats préférés perdent.

7) La corruption des candidats pro-USA (comme la bande du 14 mars au Liban) est préférée à la non corruption.

8) Les états de services démocratiques des dictateurs s'améliorent immédiatement s'ils modifient leur politique envers les USA et s'ils manifestent la volonté de servir les intérêts politiques et économiques des USA.

9) Les pays dont les dictateurs ont fait un bon boulot en servant les intérêts politiques et économiques des Etats Unis n'ont pas besoin d'organiser des élections.

10) Si les candidats en faveur ne peuvent offrir la garantie d'une victoire électorale (comme l'instrument de l'Autorité Palestinienne Abou Mazen dont le mandat a expiré depuis deux mois), ils n'auront pas besoin d'organiser des élections et seront de toutes manières traités comme s'ils avaient remporté une élection.

11) Il n'est tout simplement pas logique d'assumer que les peuples des pays en voie de développement puissent jamais décider librement de faire des choix qui ne sont pas en phase avec les intérêts politiques et économiques des Etats Unis.

12) Les élections tenues sous occupation israélienne et étatsunienne sont libres et honnêtes si les candidats qui ont leur préférence l'emportent.

# Posté le dimanche 21 juin 2009 14:53

Modifié le dimanche 21 juin 2009 15:05

Les "pirates" somalien font de la légitime défense


Depuis l'effondrement du gouvernement central en Somalie, ce pays dépourvu de marine et de gardes-côtes a vu ses ressources pillées par de gros chalutiers qui pêchent illégalement dans ces eaux très poissonneuses. Pire encore, des entreprises et des hôpitaux européens se sont débarrassés là de leurs déchets toxiques via des filières mafieuses, provoquant l'apparition de maladies graves dans la population. La piraterie le long des côtes somaliennes, aujourd'hui endémique, est née comme un mécanisme d'auto défense des pêcheurs qui voulaient avant tout protéger leurs eaux ou tentaient de prélever une « taxe » sur les pilleurs. Rappel des faits par Johann Hari, journaliste de The Independent.


En 1991, le gouvernement de la Somalie s'est effondré. Les neuf millions d'habitants du pays vivent depuis lors au bord de la famine. Mais de nombreuses organisations occidentales de la pire espèce ont mis à profit cette situation pour piller les ressources alimentaires du pays et et se débarrasser de déchets nucléaires dans les eaux somaliennes.

Vous avez bien lu : des déchets nucléaires. Dès que le gouvernement a disparu, de mystérieux navires européens ont commencé à apparaître au large des côtes de Somalie, immergeant des barils dans l'océan. La population côtière a commencé à tomber malade. Dans un premier temps, les habitants ont souffert d'éruptions cutanées étranges, de nausées et des bébés malformés sont nés. Puis, après le tsunami de 2005, des centaines de ces barils laissant fuir leur contenu se sont échoués sur le rivage. Les gens ont commencé à présenter des symptômes d'irradiation, et plus de 300 personnes sont mortes. Ahmedou Ould-Abdallah, l'envoyé des Nations unies en Somalie, m'a déclaré : « Quelqu'un rejette des matériaux nucléaires ici. Il y a aussi du plomb, des métaux lourds comme le cadmium et le mercure. » La provenance d'une grande partie de ces déchets peut être retracée jusqu'à des hôpitaux et des usines européennes, qui semblent les confier à la mafia italienne pour s'en débarrasser à moindre coût. Lorsque j'ai demandé à M. Ould-Abdallah ce que les gouvernements européens avaient entrepris à ce sujet, il m'a répondu en soupirant : « rien. Il n'y a pas eu de nettoyage, d'aucune indemnisation, et pas [d'action] de prévention. »

Dans le même temps, d'autres navires européens pillaient les eaux somaliennes de leur ressource la plus importante : la pêche. Nous avons détruit nos stocks de poissons par la sur-exploitation - et aujourd'hui nous nous en prenons aux leurs. Les grands chalutiers qui pêchent illégalement au large de la Somalie capturent chaque année pour plus de 300 millions de dollars de thons, crevettes, homards et autres espèces dans ces eaux dépourvues de protection. Les pêcheurs locaux ont soudainement perdu leurs moyens de subsistance, et ils sont affamés. Mohammed Hussein, un pêcheur dans la ville de Marka, à 100 km au sud de Mogadiscio, a déclaré à l'agence Reuters : « Si rien n'est fait, bientôt il n'y aura plus beaucoup de poissons dans nos eaux côtières. »

C'est le contexte dans lequel ces hommes que nous appelons « pirates » sont apparus. Tout le monde convient que ce ont de simples pêcheurs qui les premiers ont utilisé leurs vedettes rapides pour tenter de dissuader les chalutiers et les bateaux poubelles, ou tout au moins pour leur imposer une « taxe ». Ces pêcheurs se désignent eux-même comme les Volontaires des Garde-côtes de la Somalie - et il n'est pas difficile de comprendre pourquoi. Dans une entretien surréaliste réalisé par téléphone, l'un des leaders des pirates, Sugule Ali, a déclaré que leur motif était « d'arrêter la pêche illégale et l'immersion des déchets , dans nos eaux ... Nous ne nous considérons pas comme des bandits des mers. Nous considérons que les bandits des mers [sont] ceux qui pêchent illégalement et utilisent nos mers comme une décharge et rejettent leurs déchets dans nos mers et viennent [naviguer] en armes sur nos mers. »

Non, cela ne justifie pas la prise d'otages. Oui, certains d'entre eux sont sans aucun doute simplement des gangsters - en particulier ceux qui se sont emparé des livraisons du Programme Alimentaire Mondial. Mais les « pirates » ont l'appui de la population locale pour une bonne raison. Le site de presse indépendant somalien WardherNews a mené la meilleure enquête dont nous disposions sur ce que pensent les Somaliens ordinaires. Ses résultats indiquent que 70% « soutiennent fermement le piratage en tant que forme de défense nationale des eaux territoriales du pays ». En Amérique, durant la guerre d'indépendance, George Washington et les pères fondateurs payaient des pirates pour protéger les eaux territoriales américaines, parce qu'ils ne disposaient pas de leur propre marine ou de garde-côtes. La plupart des Américains soutenaient cette pratique. Est-ce si différent ?

Nous attendions-nous à ce que les somaliens affamés restent passivement sur leurs plages en pataugeant dans nos déchets nucléaires, et nous regardent capturer leur poisson afin que nous puissions le déguster dans les restaurants de Londres et de Paris et de Rome ? Nous n'avons pas agi contre ces crimes - mais lorsque les pêcheurs ont riposté en désorganisant le couloir de navigation par lequel transite 20% de l'approvisionnement mondial en pétrole, on avons commence à crier haro. Si nous voulons vraiment lutter contre la piraterie, nous devrions mettre fin à ses causes profondes - nos crimes - avant d'envoyer nos canonnières éradiquer les criminels Somaliens.

C'est un autre pirate, vivant au quatrième siècle avant JC, qui a le mieux résumé l'histoire de cette guerre contre la piraterie. Il avait été capturé et emmené devant Alexandre le Grand, qui voulait savoir « ce qu'il attendait en voulant conserver sa maîtrise des mers ». Le pirate a souri, et répondu : « Ce que vous attendez en vous emparant de la terre entière ; mais comme je le fais avec un petit bateau, je suis un voleur, alors que vous qui le faites avec une grande flotte, vous êtes appelé empereur ». A nouveau, notre grande armada impériale cingle aujourd'hui sur l'océan - mais qui est le voleur ?

# Posté le mercredi 15 avril 2009 09:18