Le totalitarisme démocratique

Le totalitarisme démocratique
L'Etat démocratique peut bien se vouloir « libéral », il ne peut pas être « libérateur ». Jamais le système général de l'existence n'a aussi fortement pesé sur les individus, en surveillant leur travail et leur temps libre, en mettant en ½uvre les moyens les plus brutaux pour les informer, les transporter, les divertir, les faire servir une organisation qui les rend aussi semblable que possible.


Dans son expression extrême aujourd'hui réalisée, la démocratie ne veut pas admettre les droits de la vie privée, elle tend à rendre publique toute la vie de l'homme. Elle rentre dans nos maisons, elle s'intègre dans nos sentiments et nos pensées, elle veut faire de l'homme un être entièrement social uniforme, qui ne souffre ni la solitude ni les isolés et hostile à l'excès créatif du petit nombre. Nous sommes consciemment ou non gouvernés dans la quasi-totalité de nos manières de penser et de nous comporter par l'Etat démocratique : il est la tête pensante qui impose à chacun de nous ses jugements de valeur.

A chaque fois que se produit le phénomène de la « Séparation de la Religion et de l'Etat », il y a comme une transmission de pouvoirs. Cette séparation consomme la désacralisation de la vie publique, mais immédiatement il y a « consécration » de l'Etat, plus encore avec l'Etat démocratique puisqu'il s'instaure porteur et garant des tous les attributs de la Puissance. L'homme n'y est plus qu'un agent du service public ou le social a remplacé le divin.

L'Etat démocratique remplaçant la Religion dans l'exercice de la Puissance ne pouvait être réalisé qu'avec une dose de contrainte et de conditionnement plus fort, car le pouvoir politique y est enchaîné à l'organisation immédiate d'une société qui est elle-même engagée dans une lutte perpétuelle pour sa survie. Il ne peut donc se maintenir que par le sacrifice de l'intellect.

L'homme n'est qu'une brique « dans » un édifice social qui lui échappe. Il ne faut pas s'y tromper : quand on parle des droits de l'homme, il ne s'agit pas d'une conception personnaliste visant à protéger l'homme contre les emprises totalitaires de l'Etat, il s'agit d'une conception « organique » qui empêche l'espèce contre toutes les tentatives de renouvellement.

Paul Valéry écrivait : « Le nombre et la force des contraintes d'origine légale est peut-être plus grand qu'il ne l'a jamais été. La loi saisit l'homme dès le berceau, lui impose un nom qu'il ne pourra changer, le met à l'école, ensuite le fait soldat jusqu'à la vieillesse, soumis au moindre appel. Elle l'oblige à quantité d'actes rituels, d'aveux, de prestations, et qu'il s'agisse de ses biens ou de son travail elle l'assujettit à ses décrets dont la complication et le nombre sont tels que personne ne les peut connaître et presque personne les interpréter.

Je suis près d'en conclure que la liberté politique est le plus sûr moyen de rendre les hommes esclaves, car ses contraintes sont supposées émaner de la volonté de tous, qu'on en peut guère y contredire, et que le genre de gênes et d'exactions sont supposées émaner imposée par une autorité sans visage, tout abstraite et impersonnelle, agit avec l'insensibilité, la puissance froide et inévitable mécanisme, qui depuis la naissance jusqu'à la mort, transforme chaque vie individuelle en éléments indiscernable de je ne sais quelle existence monstrueuse
».

Mais peut-être y a-t-il derrière ce « conditionnement » une espèce « d'ascèse » collective, une aspiration cachée à retrouver un état antérieur à la « chute » .

Claude Covassi

# Posté le samedi 18 octobre 2008 12:50

Il est temps de regarder en face la réalité afghane , par Eric S. Margolis

Pour ceux qui savourent l'ironie historique, l'empire soviétique s'est effondré dans les années 1989-1991 dans l'implosion de son économie due à la ruineuse course aux armements contre les États-Unis et les lourdes charges d'occupation de l'Afghanistan. Dix-sept ans plus tard, c'est au tour de l'autre grande puissance impériale mondiale, les États-Unis. Redoutablement gonflé par la dette galopante, et le poids de 50% des dépenses militaires mondiales, le château de cartes connu sous le nom d'économie étasunienne s'est enfin effondré.

Les nouvelles apocalyptiques de New York et Washington ont éclipsé la plupart des autres affaires mondiales. C'est malheureux parce que, pour la première fois, il y a un soupçon de lumière au bout du tunnel afghan. Ce n'est peut-être qu'un camion-bombe venant en sens inverse.

Hamid Karzai, le Président afghan installé par les États-Unis, a révélé la semaine dernière qu'il a demandé à l'Arabie Saoudite de négocier la paix avec l'alliance des tribus et les groupes politiques connus sous le nom de Taliban, qui résistent ensemble à l'occupation occidentale. L'Arabie saoudite, qui fut l'un des rares pays à reconnaître le gouvernement Taliban, garde une influence considérable en Afghanistan et reste un ami fidèle du Pakistan.

Le Mullah Omar, le chef Taliban, a rapidement rejeté la proposition de Karzaï, affirmant que les États-Unis allaient droit vers le même genre de défaite catastrophique en Afghanistan que celle rencontrée par l'Union Soviétique. La panique financière en cours en Amérique du Nord donne du poids à sa parole.

L'économie étasunienne est en grave danger et ses trois grands constructeurs automobiles peuvent bientôt se retrouver en faillite. Dans un encadré dingue, alors que Wall Street et le système bancaire affrontent leur désintégration, l'insouciant Pentagone vient d'annoncer qu'il payera 300 millions de dollar à des contractants étasuniens pour diffuser en Irak de la propagande pro-étasunienne. Une idiotie remarquable, en dépit du fait que Washington pourrait bientôt ne plus avoir l'argent nécessaire pour assurer les paiements des opérations en Iraq, et les 250 à 300 millions de dollars par mois de pot-de-vin au Pakistan, pour la guerre contre ses propres populations tribales rebelles pachtouns le long de la frontière afghane.

Le compétent et franc commandant étasunien en Afghanistan, le général David McKiernan, a été appelé d'urgence par au moins 10.000 soldats. Les forces des États-Unis et de l'OTAN en Afghanistan sont de plus en plus sur la défensive, forcées de défendre durement les vulnérables colonnes de ravitaillement, en dépit de leur énorme puissance de feu et maîtrise aérienne totale.

Les attaques contre les convois étasuniens et de l'OTAN se déclenchent même sur le port de Karachi. L'idée des États-Unis de propager au Pakistan une guerre qu'ils ne peuvent gagner en Afghanistan est de la démence militaire et politique.

Étonnamment, le général McKiernan semble rompre avec la méthode de l'administration Bush. Il propose des pourparlers politiques avec les Taliban et reconnaît que la guerre devait être conclue diplomatiquement. Les militaires savent que cette guerre ne peut être gagnée sur le champ de bataille. Le prédécesseur de McKiernan a déclaré au Congrès que 400.000 soldats seraient nécessaires pour pacifier l'Afghanistan. Il y a actuellement 80.000 soldats dans l'ouest afghan, et beaucoup d'entre eux rechignent à engager le combat.

En contraste net, j'ai demandé récemment à Karl Rove, l'ancien conseiller principal du Président Bush, comment les États-Unis peuvent-ils toujours espérer gagner la guerre en Afghanistan. Avec son regard vif d'orgueil impérial, Rove a vivement répondu, « plus de Predators (drones armés de missiles) et d'hélicoptères ! Ensuite, nous irons au Pakistan. »

Cela m'a rappelé cette merveilleux ligne du poète Hilaire Beloc sur l'impérialisme britannique au 19ème siècle que j'utilise dans mon nouveau livre, America Raj : « Quoi qu'il arrive, nous avons la mitrailleuse Maxim et ils ne l'ont pas. »

Bien que la branche d'olivier de Karzai ait été rejetée, le fait qu'il ait rendu cela public est très important. Ce faisant, lui et le général McKiernan ont brisé le stupide tabou occidental de négocier avec les Taliban et leurs alliés.

Laissez-nous rappeler que les Taliban ne sont pas un « mouvement terroriste, » comme le prétend la propagande de guerre en Occident, mais qu'ils ont été créés en mouvement religieux islamique consacré à la lutte contre le communisme et le commerce de la drogue.

Jusqu'à mai 2001, les Taliban recevaient un financement des États-Unis. En fait, la CIA maintient des contacts étroits avec eux, dont beaucoup étaient des Moudjahidin soutenus par les États-Unis dans la lutte anti-soviétiques des années 80, dans l'éventualité de les utiliser contre les régimes communistes d'Asie Centrale et de Chine. Les attentats du 11/9 ont fait que la CIA a immédiatement coupé ses liens avec les Taliban et brûlé les fichiers associés.

Durant ces dernières années, la guerre de propagande occidentale a tellement diabolisé les Taliban que peu de politiciens ont le courage de proposer l'évident et inévitable règlement négocié à ces sept ans de guerre inutiles. Une exception notable est venue en avril dernier, quand le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a admis que la guerre pourra se terminer seulement en négociant, pas militairement.

Le gouvernement Karzai ne peut pas étendre son autorité au-delà de Kaboul, car cela signifierait renverser le trafic de drogue ouzbek et tadjik, les seigneurs de guerre et les chefs communistes qui sont à la base de son pouvoir. Il n'existe pas de véritable armée nationale afghane, juste une bande de mercenaires peu enthousiastes qui prétendent combattre.

La guerre actuelle en Afghanistan n'est pas vraiment contre Al-Qaida ou le « terrorisme. » Elle sert à ouvrir un couloir sécurisé à travers le territoire tribal pachtouns pour exporter les richesses pétrolières et gazières du Bassin de la Caspienne de Asie Centrale vers l'Ouest. Les Etats-Unis et les forces de l'OTAN en Afghanistan sont essentiellement des troupes de protection des pipelines repoussant les autochtones hostiles.

Barack Obama et John McCain se sont trompés sur l'Afghanistan. Ce n'est pas une « bonne » lutte contre le « terrorisme, » mais une guerre coloniale classique du 19ème siècle pour faire avancer le pouvoir géopolitique occidental vers les riches ressources de l'Asie Centrale. Les Pachtouns afghans qui vivent là-bas sont prêts à se battre pendant encore 100 ans. Certainement pas les puissances occidentales.

Comme l'a dit le prestigieux père fondateur américain Benjamin Franklin, « il n'y a ni bonne guerre, ni mauvaise paix. » Il est temps pour l'Occident d'affronter la réalité en Afghanistan.

Eric S. Margolis

www.ericmargolis.com/

# Posté le vendredi 10 octobre 2008 18:53

Interwiew Emmanuel Todd sur la Russie

Emmanuel Todd s'entretient avec Inna Soldatenko, le Courrier de Russie,30 Septembre 2008

Le Courrier de Russie : A qui faut-il imputer la faute dans la crise géorgienne ? Aux Russes, aux Géorgiens ou aux Ossètes ?

Emmanuel Todd : Je propose d'observer le problème de la crise géorgienne d'une façon plus large, dans le cadre des enjeux géopolitiques internationaux. Il faut se rappeler qu'après la chute de l'URSS et le repli stratégique de la Russie, les Etats-Unis sont devenus l'unique superpuissance mondiale. Ils ont adopté, à partir de 1996-97 un comportement agressif vis-à-vis d'autres pays du monde. On en a vu les manifestations dans l'invasion de l'Irak, dans la campagne anti-iranienne de l'administration américaine ou encore dans l'attaque menée par Israël, pays satellite des Etats-Unis, au sud-Liban. La crise géorgienne n'est qu'une étape supplémentaire dans cette séquence agressive du système américain.

LCDR : Pourquoi une telle hostilité ?

E.T. : Les Etats-Unis se comportent de façon agressive parce qu'ils sentent leur puissance s'affaiblir. Le monde américain subit une crise économique, sociale et culturelle grave. L'effondrement financier actuel n'en est qu'une nouvelle preuve. Entre-temps, nous observons d'autres pays du monde regagner leur puissance. On assiste à une montée spectaculaire de l'Inde et de la Chine. On voit également le rétablissement de la Russie qui retrouve son équilibre économique et enregistre des taux de croissance élevés. Le monde change à grande vitesse, mais tous ne s'en rendent pas compte. On trouve encore beaucoup de gens inconscients du déclin industriel des Etats-Unis et de la fragilité de leur système. Ce fut justement le cas des Géorgiens qui se sont lancés dans la conquête de l'Ossétie se croyant soutenus par le camp « occidental » mais se sont retrouvés victimes de l'impuissance matérielle de leur allié américain. Mikhaïl Saakachvili a sous-éstimé la nouvelle capacité d'action de la Russie. Celle-ci ne souhaite pas voir l'OTAN s'installer à toutes ses frontières et n'hésite plus pas à utiliser son armée pour faire entendre son « non ».


LCDR : Croyez-vous que les Etats-Unis aient incité la Géorgie à attaquer l'Ossétie ?

E.T. : On ne sait pas exactement comment la décision a été prise et, probablement ne le saura-t-on jamais. Mais la vraie question, c'est comment la Géorgie a-t-elle pu s'imaginer qu'elle allait faire plier la Russie ? Comment Saakachvili a-t-il pu envoyer ses troupes en Ossétie, alors que la partie la mieux équipée de l'armée géorgienne était en train de soutenir les Américains en Irak ?

LCDR : Pourtant, la Géorgie a été écrasée par l'armée russe et les Etats-Unis, à supposer qu'ils ont effectivement joué un rôle dans le conflit, auraient dû prévoir ce scénario...

E.T. : Il faut se rappeler que l'on ne connaît toujours pas l'issue de la crise. Elle semble avoir conduit les Polonais à finalement accepter l'installation du système anti-missile américain sur leur territoire. Elle pourrait pousser les gouvernements européens à affaiblir leurs liens avec la Russie et se rapprocher encore plus des Etats-Unis. Qui sait si les stratèges américains n'ont pas espéré entraîner la Russie elle-même dans une séquence agressive, la conduisant à adopter une posture revancharde et conquérante nuisible à son statut international. L'administration américaine aurait pu sacrifier le pion géorgien pour améliorer sa situation sur la scène internationale. Les Américains jouent au poker, vous savez. Les Russes jouent aux échecs. Ils ont pris le pion géorgien, montré que l'Amérique ne les impressionnait plus, mais ils ont fait du maintien de relations paisibles et utiles avec l'Europe de l'Ouest leur priorité.


LCDR : Comment expliquer la réaction de l'Europe au conflit géorgien ?


E.T. : Les gouvernements européens sont pris dans un dilemme entre les intérêts de leurs peuples et ceux de leurs élites. Ce n'est pas un grand secret : les oligarchies occidentales sympathisent avec les Américains et soutiennent leur politique. Les peuples européens non. L'intérêt géopolitique de la France en tant que puissance moyenne et européenne serait une entente cordiale et stratégique avec la Russie.

LCDR : Pourtant, dans la société occidentale, on parle plus souvent de la menace russe...

E.T. : La Russie n'est pas une menace pour l'Europe de l'Ouest. Je dis consciemment « Europe de l'Ouest » parce que les Russes sont des Européens. La Russie a terriblement souffert de la deuxième guerre mondiale et ne cherchera pas, j'en suis convaincu, à déclencher de nouveaux conflits. La Russie a par ailleurs constaté, du temps de l'URSS, que l'Empire était une entreprise peu rentable. Son déclin démographique interdit de toute façon un fantasme expansionniste. La menace militaire russe est un mythe. La mise au pas de la minuscule Géorgie ne démontre pas que l'armée russe est toute-puissante. Elle démontre simplement que, dans le Caucase, la puissance militaire américaine n'existe pas.

LCDR : Mais outre la sécurité militaire, il existe la sécurité énergétique...

E.T. : Il ne faut pas oublier que la Russie et l'Europe de l'Ouest se retrouvent en état d'interdépendance. L'Europe a toujours besoin du gaz russe, mais la Russie a besoin des biens d'équipement européens, de technologies et de savoir-faire. Et ce n'est pas par hasard que les producteurs d'automobiles européens s'implantent en Russie et y travaillent avec beaucoup de succès.

LCDR : Si la France est intéressée à maintenir ses liens avec la Russie, pourquoi la presse occidentale adopte-t-elle une attitude aussi critique à son égard, notamment dans la couverture du conflit géorgien ?


E.T. : Les journalistes européens se montrent souvent hostiles à l'égard de la Russie au nom d'une sorte de maximalisme libéral. Peu conscients de ce qu'ils vivent eux-mêmes dans des systèmes certes forts libéraux, mais de plus en plus inégalitaires, oligarchiques même, ils se croient obligés d'exiger, hors de chez eux, des démocraties parfaites, tout de suite, indépendamment du contexte économique ou social de transition. Avouons le aussi, les journalistes européens sont rarement compétents en géopolitique. Il sont souvent très naïfs. On pourrait aussi citer comme explication le peu d'efforts du Kremlin visant à séduire la presse occidentale. Habitués à l'attitude beaucoup plus séductrice de leurs propres hommes politiques, les journalistes européens et américains ne peuvent qu'être déçus par ce manque de ménagements. Pourtant, je peux vous assurer qu'en France, dans la communauté des experts, on trouve beaucoup de personnes qualifiées qui apprécient à sa juste valeur le rôle de la Russie dans le rétablissement de l'équilibre mondial.

LCDR : On trouve beaucoup d'adeptes de l'idée selon laquelle la Russie porte toujours l'héritage de l'Empire du Mal qu'elle représentait encore il y a une trentaine d'années...


E.T. : Quant à moi, je considère que la Russie a joué un rôle plutôt positif dans l'histoire universelle. J'appartiens à la génération qui se rappelle encore que l'issue de la deuxième guerre mondiale s'est jouée à Stalingrad et que c'est aux Russes que nous devons notre liberté. L'histoire de la Russie démontre que sa vision du monde est spontanément égalitaire et multipolaire. A l'inverse des Etats-Unis qui se trouvent aujourd'hui dans un rapport asymétrique d'exploitation du monde. La France aurait dû s'en rendre compte et se rapprocher des puissances émergentes plutôt que de suivre l'Amérique dans une sorte de crispation « occidentaliste ». Le gouvernement français me fait penser à un rat qui monterait sur un navire en train de couler.

LCDR : Les Russes, ont-ils eu raison de reconnaître l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud ?


E.T. : Bien évidemment.

LCDR : Pourtant, juridiquement, ce sont deux provinces géorgiennes...


E.T. : Dans le cas de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, nous assistions à une non coïncidence devenue dramatique entre l'état des faits réels et l'état juridique. Les populations de ces deux pays ne souhaitent pas être géorgiennes. Au stade actuel, la seule solution de paix à long terme est l'acceptation de la réa-lité. Sinon, le gouvernement géorgien va continuer d'envisager des solutions violentes, de domination ou même de nettoyage ethnique. Or l'intérêt réel des Géorgiens c'est la paix, le développement économique et une relation stable et positive avec la Russie dont ils ont tant besoin. En reconnaissant l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, les Européens de l'Ouest libéreraient les Géorgiens eux-mêmes du fardeau de leur histoire et de leur rancune.

LCDR : La France devrait-elle reconnaître l'indépendance de ces deux états ?


E.T. : C'est mon souhait le plus cher. Si je deviens président de la République, ce sera l'une de mes premières décisions.

# Posté le jeudi 09 octobre 2008 13:35

Interwiew de rentré d'Alain Soral

Comment définiriez vous rapidement votre parcours perso depuis l'enfance/adolescence ?

Sur le plan social et culturel, je suis un déclassé de la moyenne bourgeoisie de province qui a vécu son enfance dans une cité dortoir ouvrière des années 60 en banlieue parisienne, qui a fait ensuite ses humanités au collège Stanislas pour finir par un double cursus universitaire inachevé, beaux-arts et sociologie... Inachevé parce que j'ai bien vite compris que si je voulais avoir une petite chance de devenir un artiste et un intellectuel, je devais quitter la fac et me coltiner le réel. D'où un long parcours de marginalité qui m'a mené du Brésil à l'école Esmod, de l'Afrique au RMI, en passant par le journalisme, le sport et le cinéma...
Sur le plan affectif, je suis l'enfant d'une famille nombreuse ruinée et malheureuse, ce qui ajoute encore, en plus du déclassement, à ma capacité d'empathie et de conscience...



Quel rapport voyez-vous entre ce que vous êtes socialement et ce que vous pensez ou avez pensé politiquement ?


Un rapport direct de cause à effet !
En bon marxiste, je crois à la culture de classe, à la logique de classe et à l'intérêt de classe... Tout mon malheur, et tout mon inconfort, venant de ce que je suis, en tant que déclassé, de deux classes à la fois. D'où une double sensibilité, d'opprimé et de dominant, qui me rend particulièrement sensible au mensonge, à l'exploitation - donc à l'injustice sous toutes ses formes -, mais aussi qui me pousse à l'action. Une idiosyncrasie qui me donne, je crois, un grand sens du réel concret en même temps qu'un goût prononcé pour le concept, ces deux qualités étant propices à la pensée politique...



En envisageant trois de vos engagements politiques (PC, Chevènement et FN), comment expliqueriez-vous le passage de l'un à l'autre ? Quelle cohérence voyez-vous dans cette évolution ?

La cohérence de ces trois engagements successifs c'est : la permanence de mon refus du ralliement au libéralisme, qu'il soit économique ou idéologique.
D'abord ne pas supporter de voir le PC renoncer, à la fin des années 80, à son projet d'alternative radicale à la société bourgeoise par le combat de classe, pour s'effondrer dans le droitsdel'hommisme et la « lulutte » pour le « pouvoir d'achat ».
Ensuite, ne pas supporter de voir Chevènement être incapable de se hisser par les actes au niveau de ses idées et de ses prétentions politiques, en ne rompant qu'à moitié avec le PS, ce qui l'a d'ailleurs tué politiquement.
Face à ces deux déceptions successives, je fus bien obligé d'admettre que le seul mouvement politique encore capable de défier ce Système droitdel'hommiste libéral, qui avait tout bouffé, était le FN de Jean-Marie Le Pen, quelles que soient ses imperfections. Le politique n'est pas le lieu de l'idéal. En matière d'offre électorale on choisit toujours le moins pire...
La preuve de ma grande constance politique se vérifie pleinement par le discours de Montigny-les-Cormeilles, puisque ce que dit Le Pen depuis vingt ans, c'est ce que disait Marchais en 1981 (et qui a sans doute provoqué la liquidation du PCF)... Au cas où cette authentique culture de gauche vous ferait défaut, petit rappel :
Le 20 février 1981 : Georges Marchais réclame l'arrêt de l'immigration et dénonce le risque de ghettos dans les communes ouvrières. Il demande aussi plus de sévérité contre la drogue et la délinquance. Violemment attaqué par le PS et l'extrême gauche, Marchais riposte :
« Quelle idée lamentable se font ces gens-là des travailleurs : bornés, incultes, racistes, alcooliques, brutaux, voilà comment seraient les ouvriers et les ouvrières ! (...)
Nous posons le problème de l'immigration, ce serait pour favoriser le racisme ? Nous menons la lutte contre la drogue, ce serait parce que nous ne voulons pas combattre l'alcoolisme de notre clientèle ? (...)
Pour la jeunesse, je choisis l'étude, le sport, la lutte et non la drogue...
Alors, comme l'autre jour un dirigeant socialiste, ils crient tous en choeur « petainisme ». Quelle honte ! Quelle idée lamentable ces gens-la se font des travailleurs... Après vous, je le dis avec toute la force de mon indignation, de telles attaques ne déshonorent que leurs auteurs et ils ne méritent que le mépris. »
Cette convergence PC-FN les médias sont là pour nous la faire oublier !



Plus précisément, comment commence-t-on par s'engager dans un parti de tradition internationaliste pour finir par défendre l'alternationalisme ? C'est la réalité ou vos outils théoriques qui ont changé ?

Je crois avoir déjà partiellement répondu à votre question.
Pour la compléter, j'ajouterai qu'il ne faut pas confondre l'internationalisme du PCF, qui était la conscience, éminemment politique, que la défense du travailleur français passait, face à l'impérialisme au sens de Lénine, par la solidarité internationale des travailleurs... Et la conception anti-nationale de la LCR pour qui l'internationalisme n'est pas un outil social, mais le projet culturel de destruction des nations, et des différences nationales, dans le but de réaliser le grand melting-pot mondialiste qui est aussi, et ceci explique sans doute beaucoup de convergences actuelles (Besancenot chez Drucker, Philippe Val au MEDEF...) le projet ultime du libéralisme...
L'alter-nationalisme est un concept, dû à Jean-Claude Martinez, qui permet d'échapper à l'ambiguïté de ces deux définitions parfaitement contradictoires...




Qui a dragué qui entre Le Pen et vous ? Comment êtes vous passé de la provocation ("faire la plus grosse connerie possible"), au soutien/conseil "sans être membre", puis à l'adhésion ?

D'abord, même si je ne votais pas pour lui, Le Pen m'a toujours plu pour son insoumission et sa culture classique, et ce depuis le milieu des années 80, période qui a vu le politiquement correct, d'essence américaine, déferler sur notre France de la libre pensée... La chose qui me gênait chez lui, à l'époque, ce n'était pas ses dérapages, c'était sa confusion entre amour de la liberté et choix du libéralisme économique. Le national-libéralisme est un oxymore; une approximation qu'il a corrigée depuis ! Le vote Le Pen, comme vote protestataire, était donc en moi de longue date, comme potentialité...
Il y a eut ensuite une rencontre à un dîner, due à une double curiosité littéraire, curiosité littéraire de ma part, parce qu'il m'intéressait, en tant qu'écrivain, de rencontrer un tel personnage ; curiosité littéraire de sa part aussi, parce qu'il avait beaucoup aimé mon pamphlet « Jusqu'ou va-t-on descendre »...
C'est à ce dîner que son charme et sa gentillesse aidant, je suis passé de la curiosité à l'affection, comme d'ailleurs tout ceux qui l'ont côtoyé réellement, que ce soit Moati ou Askolovitch...
Je suis donc devenu à la fois lepeniste par goût de l'insoumission, lepeniste par cohérence politique et lepeniste par amitié.
Ce charme ayant visiblement opéré dans les deux sens, il m'a alors proposé de devenir son conseiller, puis m'a coopté plus tard au Comité central sans m'avoir prévenu ni que j'en ai fait la demande – c'est sont côté farceur, son côté Dieudonné... Ainsi me suis-je donc retrouvé membre du FN de fait.
Même si ce genre d'adhésion n'est pas dans ma nature, je n'aurais pas eu l'inélégance de refuser...




Ne vous sentez-vous pas un peu "vilain petit canard" ou "freak" au FN ? Comment recevez-vous les accusations internes contre vous ou Marine concernant votre gauchisation supposée du discours du candidat Le Pen en 2007 ?

Au Front, je ne suis mal vu que par les « atlanto-libéraux » – je veux parler de ces bourgeois du Front qui ne rêvent que collaboration avec l'UMP... Des libéraux plus quelques racialistes - souvent la main dans la main dans leur désir de soumission à un atlanto-sionisme justifié par la « solidarité du monde blanc face aux bougnoules »... Des libéraux-racistes quantitativement très minoritaires, même s'ils pèsent encore un peu sur l'appareil, souvent de l'extérieur d'ailleurs...
Je me sens, au contraire, tout à fait apprécié par les Frontistes authentiques, frontistes populaires et frontistes cultivés... Les premiers sentant bien que je suis de la gauche sociale, les seconds partageant avec moi un goût pour la culture et la tradition française ainsi qu'une insoumission radicale à la sous culture yankee... C'est pourquoi j'entretiens d'aussi bons rapports avec Marine, à la fibre très sociale, qu'avec monsieur Gollnisch, certes plus à droite - disons le digne représentant de cette ex-moyenne bourgeoisie française enracinée et cultivée, aujourd'hui en voie de disparition. Bref, un parfait honnête homme dont j'apprécie – comme notre ancien premier ministre, feu monsieur Raymond Barre, le déclarait lui-même - la grande culture, l'impeccable courtoisie et le sens de la fidélité...
Pour résumer, le FN étant constitué des déçus de la gauche sociale, trahis par la gauche bobo, et des déçus de cette droite des valeurs, trahie par la droite d'affaire bling-bling, il est après tout assez logique que j'y sois apprécié. Mes détracteurs se trouvant plutôt à l'extérieur, au sein de cette extrême droite anti-FN ralliée, comme Dantec, aux néo-conservateurs, et qui reproche à juste titre au Front national de n'être pas un vrai mouvement d'extrême droite, comme Lionel Jospin l'a récemment reconnu lui même, maintenant que, n'étant plus rien, il peut enfin dire la vérité...



Comment se fait-il que vous sachiez très bien voir derrière la rhétorique pseudo-révolutionnaire de l'extreme-gauche type LCR la récupération par ce que vous appelez le "système", et que vous n'aperceviez pas ou plus qu'un reproche identique est adressé avec raison au Front National depuis au moins 20 ans ?
Comment pouvez-vous être du côté de ceux qui s'arrêtent à la rhétorique anti-système de ce parti, alors qu'il occupe une fonction évidente et parfaitement inoffensive (2002 l'a démontré) de tampon/alibi entre les partis de gouvernement et les partis/groupuscules extra-parlementaires ?


Je suis absolument d'accord avec vous sur la première proposition : en tant que mouvement anti-Système, la LCR est parfaitement bidon !
La où je ne peux pas vous suivre, c'est qu'il n'y a absolument pas symétrie entre la façon dont la LCR - et d'une façon générale tout l'antifascisme gauchiste adolescent - collabore au Système, et la façon dont le Système est parvenu, jusqu'ici, à neutraliser ce mouvement d'essence anti-Système qu'est le FN...
Alors que, depuis 1969, le pouvoir n'a jamais rien fait contre le gauchisme, au contraire : sur le plan sociétal, le gauchisme règne à peu près partout et jusqu'à l'Elysée, via Carla Bruni-Sarkozy, ex-fan du groupe lycéen-baba Téléphone... Il aura fallu, pour endiguer la montée populaire du FN, multiplier les redécoupages électoraux et changer la loi électorale, recourir à la diabolisation médiatique systématique, aller jusqu'au vote d'une loi d'exception anticonstitutionnelle sans parler des montages d'opérations criminelles sous faux drapeaux...
Pour achever de vous démontrer sans conteste, cette dissymétrie : on ne verra jamais Jean-Marie Le Pen invité chez Michel Drucker, même pour s'y faire agonir et encore moins pour lui servir la soupe !



Sans forcément partager vos thèses, les gens intelligents et libres apprécient leur vigueur, mais ils peuvent être gênés par deux phénomènes qui me semblent récurrents dans votre discours:
1. une tentation sophistico-narcissique : jouer avec un brio rhétorique sur des liens causaux suggestifs mais indémontrés, et permettant d'effaroucher les esprits faibles ; en gros donner souvent la prime à votre plaisir iconoclaste par rapport à la vérité et à la logique. Préférez-vous amuser ou convaincre ?
2. la tendance à identifier les interdits manifestes sanctionnés par le droit et les tabous latent d'une société donnée. Sans minorer évidemment la dureté des attaques que vous subissez et la difficulté de faire face à la justice, pensez-vous que vos condamnations au regard du droit positif sont la preuve de votre dissidence ?


Il me semble que vous associez, comme si elles marchaient ensembles, deux choses qui ne sont pas sur le même plan. Que mon discours soit formellement narcissique, peu académique, parfois violent et parfois dit sur un ton, je le reconnais, détestable... ne disqualifie en rien le sérieux de mon argumentation et le réalisme de mes thèses. C'est d'ailleurs cette rigueur indiscutable, la cohérence de mes analyses et la justesse de mes prévisions qui font que, malgré mes dérapages et l'omerta, mes idées progressent... Pour vous le démontrer par un exemple bien concret et lui incontestable : je peux continuer aujourd'hui à dire que si l'on veut lutter contre la destruction des églises orthodoxes dans les Balkans, il faut être contre les Américains, tandis que Dantec, pour avoir affirmé l'inverse, est obligé aujourd'hui de fermer sa gueule et d'aller se cacher dans un trou, parce pour départager nos deux argumentations, il y a eut depuis, la vérité du Kosovo...
En fait, la raison profonde qui pousse certains à ne pas partager mes thèses, c'est leur intérêt bien senti : admettre que j'ai raison serait admettre à la fois leur malhonnêteté et leur illégitimité, ce qui ne manquerait pas d'avoir des conséquences funestes sur leurs privilèges... La logique n'est donc pas en cause - puisque tout ça est fort cohérent - et il s'agit bien, en réalité, d'un réflexe de classe ou de caste, qui peut être d'ailleurs en partie inconscient...
Quant à ce que vous appelez les « esprits faibles », il s'agit en réalité du peuple de France qui, à force de souffrance, finit par comprendre par le recours au simple bon sens, qui lui ment, qui joue pour et qui joue contre ses intérêts...
Pour répondre enfin à la dernière de cette première série de questions dans la question : je préfère convaincre en amusant, c'est pourquoi mes prestations télévisées m'ont permis de toucher, à l'époque où l'on m'invitait, un large public avec mes livres, et d'amener à la conscience et au sérieux du concept des gens qu'on avait voulu persuader, à force d'arrogance et de jargonnage, que ce plaisir d'élite était au-dessus de leurs moyens...

Pour répondre maintenant à votre deuxième série de questions dans la question : les interdits et les tabous d'une société donnée, en l'occurrence notre société française actuelle, ce qui n'est pas abstrait, révèlent négativement où est le pouvoir et quelles sont ses clefs de domination idéologiques. Quand l'élite sociale tirait sa domination de Dieu, la loi punissait la critique de son Eglise et la contestation de l'existence de Dieu. Dans l'union soviétique, c'était la contestation du sens de l'histoire et l'opposition au pouvoir du Parti qui vous valait condamnation.
La loi, changeante, et qui n'a rien à voir avec un quelconque droit positif abstrait, est en réalité la ratification, et l'habillage pseudo logico-formel, d'un rapport d'utilités et d'un rapport de forces très concrets. C'est pourquoi la loi évolue à leur suite et non l'inverse. Ce qui me fait condamner aujourd'hui était critiquable mais non condamnable il y a 30 ans, était considéré comme l'évidence il y a 60 ans, et était la loi même il y a deux siècles ! Qui sait ce que sera la loi dans 30 ans ?
Selon cette approche réaliste de la loi, la persécution légale pour des idées politiques déviantes - puisqu'il ne s'agit pas de délinquance de droit commun - qu'est en réalité la justice dans un Etat de droit, est non seulement la preuve de la dissidence, mais c'est même la seule. C'est parce que Spinoza le savait qu'il n'a rien publié de son vivant, et c'est parce qu'Olivier Besancenot ne subit aucune foudre de la loi, bien qu'il annonce vouloir renverser l'ordre social qui la fonde, qu'il ne peut pas être un dissident.
La dissidence a un prix : être dans le collimateur du pouvoir, donc condamné par la justice et vilipendé par les médias...




Comment avez-vous reçu l'épisode du parrainage de la fille de Dieudonné ?
Comment expliquez-vous que celui soit néanmoins toujours dans le déni et ne fasse pas son coming out plein et entier ?


Je l'ai reçu avec amusement.
Le Pen et Dieudonné sont deux insoumis bretons au fort caractère et au sens comique très développé, ils étaient faits pour s'apprécier ! Ce parrainage s'inscrit donc à la fois dans une tradition d'amitié, mais aussi dans le genre de farce qu'avaient pu faire, à l'époque, les regrettés Coluche et Le Luron... Mais comme aujourd'hui, à l'ère Delanoé, le mariage homo n'a plus rien de subversif, je ne vois pas ce qu'on pouvait trouver de mieux qu'un nègre et un facho réconciliés sur l'âme chrétienne d'une petite métisse, par un curé traditionaliste ?!
Maintenant, si je dois réfléchir au sens profond de cet acte hautement symbolique, je pense qu'il s'agit, dans l'esprit de Dieudonné, d'un geste de compassion doublé d'une geste de provocation. Geste de compassion envers ces autres persécutés de l'esprit que sont les catholiques anti Vatican II, cette droite des valeurs que Dieudonné a longtemps insultée, sans la connaître ni la comprendre, par manque de culture politique. Un geste d'amour et de paix donc, doublé d'un geste de provocation envers cette police de la bienpensance que sont désormais les médias... Magnifique geste au sens double : à la fois main tendue à d'autres forces de l'esprit et doigt donneur lancé à la face des cons !
Quant à la question du coming out, Dieudonné ne fait que se plier à la règle du jeu imposé par le Système. À cette violence de l'interdit qui oblige l'homme de vérité au flou artistique, au clin d'½il, au double langage, au non dit... sous peine de voir sa vie sociale brisée.
Est-ce qu'on demande à Finkielkraut de faire son coming out raciste anti-nègre, quand il se fait prendre à fustiger l'équipe de France black-black-black qui serait la risée de l'Europe, dans un journal israélien ? Les récentes péripéties médiatiques d'un Bigard nous démontrent que quand on veut faire passer un bout de vérité, on a plutôt intérêt à ruser !



Vous défendez notamment sous le nom de "droite des valeurs" une alliance entre les cathos intégristes et les islamistes radicaux.


C'est votre paranoïa qui vous fait réduire la droite des valeurs à cette réconciliation religieuse qui vous obsède, parce qu'elle va contre le projet guerrier de « conflit de civilisations » voulu par l'alliance atlantiste...
La droite des valeurs, c'est d'abord la bourgeoisie comme classe de la culture - en référence au XVIIIème siècle français - contre la nouvelle bourgeoise de la finance inculte, incarnée par l'entourage de Sarkozy.
Dans la droite des valeurs, je mets tous les spiritualistes attachés à la longue histoire, y compris Eric Zemmour et les juifs orthodoxes...



Mais on peut penser par ailleurs que cette alliance n'a strictement aucune chance de voir le jour, puisque les deux camps ont plutôt vocation à s'exterminer.

Vous voyez ! « Vocation » à s'exterminer ?!
N'est-ce pas plutôt de votre vocation dont vous parlez ? Un rêve qui n'est autre que le grand projet néo-conservateur : que les catholiques et les musulmans s'exterminent pour le plus grand profit de l'oligarchie occidentaliste ?! Pourquoi ne pas plutôt travailler à ce que les chrétiens et les musulmans vivent en bonne intelligence, comme ils le font d'ailleurs depuis des siècles autour du mare nostrum, la Méditerranée ?
Le destin de la France chrétienne c'est l'échange pacifique avec son Sud musulman et son Est orthodoxe. A l'Ouest prolifèrent surtout les rêves d'extermination : Indiens, Palestiniens, Serbes... et demain Iraniens...


Dans ce type de copules contre-intuitives, n'êtes vous pas condamné alors à choisir entre un compromis politique improbable et des provocations/actions ponctuelles possibles mais superficielles ou sans lendemains politiques (du type "Dieudonné chez Laguérie", "Dieudonné à la fête du bleu-blanc-rouge" ou "A. Moualek interviewe Le Pen") ?
En tant qu'intellectuel, comment recevez vous ce type d'événements médiatiques ?

Vous m'apprenez que ces évidences civilisationnelles : le Liban multiconfessionnel où le Hezbollah marche la main dans la main avec le général Aoun maronite, ces alliances géopolitiques bien concrètes : Chavez/Poutine, Russie/Iran et autre Club de Shanghai... ne sont que des copules contre-intuitives sans lendemain politique...
Plus sérieusement, la réconciliation que je prône entre noirs et blancs en France, entre chrétiens et musulmans dans le monde méditerranéen ne sont pas des provocations ponctuelles mais des tentatives pour sauver la fraternité française ici et la paix partout, face aux manipulations.
Les coups réussis dont vous parlez sont là pour démontrer que c'est possible.
Ce sont ces actions symboliques d'avant garde qui font bouger les lignes. Si Dieudonné et Le Pen peuvent se respecter, alors la France est sauvée, sinon ce sera l'éclatement communautaire et le Kosovo... Seul un salaud peut vouloir ça.
En tant qu'intellectuel, je reçois donc ces évènements médiatiques comme des signes d'espoir, et j'ajouterais qu'en tant qu'activiste politique, je suis fier d'y participer !


Acceptez vous d'appartenir à la catégorie (polémique et savante) de l'"extrême-droite" ?

Avec tout ce que je viens de vous exposer, il est clair, il me semble, que j'en suis aux antipodes. National républicain, oui, gaucho-lepeniste à la rigueur; plus sérieusement un lecteur assidu de Marx et Sorel, admirateur de Lumumba et intrigué par Guénon...
Mais je crois que la réponse la plus crédible à cette question est donnée par l'extrême droite elle-même. Pour ceux qui s'en réclament, et ils le disent clairement, je ne fais pas partie de la famille. Certains ajoutent ensuite que bien que de culture marxiste et socialement à gauche, ils respectent chez moi un certain courage physique et un sens du panache. Qualités qui, depuis quelques décennies je dois l'admettre, se retrouvent surtout à droite. La clique des bobo-libéraux étant assurément la sous-classe socio-politique la plus abjecte et la plus répugnante du monde.

# Posté le jeudi 09 octobre 2008 13:31