Le reveil Afghan

Le reveil Afghan
lus çà va, moins çà va. Les armes ne cessent de se répandre parmi la population civile, les milices camouflés prolifèrent en marge, aux côtés ou en face et l'Afghanistan devient, contre toute attente, cet intenable enfer dont se sont enfuis en leur temps les colonialistes britanniques et les soldats de l'armée rouge : le quotidien américain US Today est le premier à tirer la sonnette d'alarme. Selon les chiffres officiels et officieux auxquels il se réfère, l'armée US vient de traverser ces trois derniers mois, la période la plus sanglante de sa présence au pied de l'Hindou Kouch avec un bilan de 65 GI's tués.
C'est encore pire qu'en Irak où ce rythme est sensiblement plus lent sinon plus contrôlé. La malédiction afghane semble aussi frapper de plein fouet les complices de l'Amérique, soit tous ces pays de l'Otan qui ont cru bien faire en s'engageant dans une guerre qui visait avant tout, non pas comme on le prétend à provoquer le départ des Talibans, mais à offrir à l'Amérique une voie de transit sûr pour les richesses énergétiques inestimées de l'Asie centrale.
Pour avoir ignoré le principe ô combine élémentaire qu'un peuple, même démuni, ne se résigne jamais à la servitude, les armées de ces pays-là déplorent la mort ces trois derniers mois de 153 de leurs effectifs.

Triste destinée pour ces grandes machines de guerre qui s'avouent désormais "vaincues" face à ces engins artisanaux que les milices Talibans déposent au bord des routes, en attendant le passage de l'ennemi. Mais au fait, est-ce qu'il s'agit seulement de milice taliban? N'y a-t-il là les signes indiscutables d'une prise de conscience à l'échelle de toute une population qui ne supporte plus que l'on l'humilie, que l'on lui mente ? Pour l'Afghan lambda, homme de montagne, fier et aimable, il est intolérable que des soldats étrangers violent son espace privé, qu'ils attaquent à coup de bombe sa maison, qu'ils tuent sous ses yeux sa femme et ses enfants, qu'ils déchirent son livre saint et profanent ses convictions religieuses.
Sa réaction la plus immédiate mais aussi la plus logique serait de prendre des armes, de résister jusqu'à ce que l'occupant quitte son pays et qu'il le quitte une bonne fois pour toutes. C'est lourd, très lourd en terme de crédit pour une Amérique qui s'aperçoit peu à peu s'être trompée sur toutes les lignes quand elle a pensé que l'Afghanistan est une proie d'accès facile.

# Posté le samedi 09 août 2008 08:49

Modifié le samedi 09 août 2008 09:00

L'Amérique lance Une guerre par procuration contre la Russie

L'Amérique lance Une guerre par procuration contre la Russie
Un dernier coup tordu de Bush. Il a profité de ce que les médias sont accaprés par l'ouverture des XXIXèmes olympiades de Pékin pour lancer son protégé de Géorgie contre la République Sud-ossète. Le principe mis en avant est l'intégrité territoriale de la Géorgie.
Or ce principe n'a plus aucune valeur dans la zone ex-soviétique. La Géorgie est elle-même née d'une scission de l'URSS. L'indépendance du Kossovo est là pour prouver ce fait que dans les zones en ébullition interne SANS INTERVENTION ETRANGERE MAIS PAR LE FAIT DE TROUBLES INTERIEURS, que dans les zones où les états sont en déliquescence, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes prime sur la souveraineté des Etats défaillants.

La revendication géorgienne sur l'Ossétie du Sud, sur l'Abkhazie, sur l'Adjarie n'a pas de fondement juridique. Donc son agression d'aujourd'hui est l'agression d'un Etat contre un autre. Une agression caractérisée qui passe outre un mandat de séparation des belligérants émis par l'ONU, une agression qui n'a pas reculé devant le fait de tuer des soldats missionnés par l'ONU.

Dans la nuit du 7 au 8 août 2008, nuit qui a précédé l'ouverture des XIXèmes jeux olympiques, l'armée géorgienne a engagé son armée dans une offensive contre l'Ossétie et l'Abkhazie, des pays musulmans indépendants depuis la chute de l'URSS, situés entre les frontières actuelles de la Russie et de la Géorgie,.

Sans le soutien financier et militaire des USA cette nouvelle guerre du Caucase, à la frontière directe de la Russie, était inimaginable. Quels en sont ses enjeux ?

Le principal protagoniste dans cette affaire, ce sont les USA. Sans eux, cette bataille n'aurait pas pu commencer. Ils ont fourni l'aide nécessaire (financière, réseaux d'influence, diplomatie, etc.) au parti du président actuel de Géorgie pour qu'il gagne des élections truquées par ailleurs. Puis, ils l'ont incité à annexer les pays en question.

On ne peut certes pas totalement effacer le rôle des protagonistes locaux. Mais depuis la guerre froide, on sait que les décisions principales dans ces « conflits secondaires », que ce soit au Vietnam ou à Cuba ou au Moyen-Orient, se prennent très loin du champ de bataille.

En 1973, en pleine guerre du Vietnam, les USA furent obligés de concéder publiquement, par des accords signés par Richard Nixon, l'égalité stratégique des USA et de l'URSS. Cette égalité fut même corrigée au profit de l'URSS par la victoire des Vietnamiens, grâce à l'aide soviétique.

Par la suite, l'éclatement de l'URSS a donné naissance à l'espoir aux Américains de non seulement neutraliser l'ancienne super puissance soviétique, mais de prendre le contrôle de ses richesses naturelles immenses.

Quand l'URSS se fut dissoute, la primauté du respect à la souveraineté nationale a cédé dans cet espace post-soviétique devant le respect du droit des peuples à l'autodétermination. Des États nouveaux sont nés sur la base de ce droit des peuples. La Géorgie est née ainsi. La République Sud-Ossète, l'Abkhazie, l'Adjarie, la Transnistrie aussi. Par la force, la Géorgie refuse l'indépendance de l'Ossétie du sud, de l'Abkhazie, de l'Adjarie.

Dans le conflit présent entre la Géorgie et l'Ossétie du sud, les ficelles sont tirées depuis Washington et Moscou.

Selon Moscou, il est impensable de permettre à la Géorgie d'annexer ces deux mini-États récemment créés si celle-ci devait intégrer l'OTAN. En effet, dans une telle perspective, ces deux régions seraient utilisées contre la Russie. C'est somme toute une position légitime : la Russie est sur la défensive face aux avancées US qui veulent intégrer la Géorgie dans l'OTAN.

Selon le régime de Géorgie, né des révolutions oranges, téléguidées par les USA, l'appartenance à l'OTAN est le meilleur rempart contre un retour d'influence séculaire russe.

Pour les USA, il faut enserrer la Russie dans réseau de bases militaires de l'OTAN et de pays hostiles. C'est le meilleur moyen de « clouer définitivement le bec » de la Russie sur la scène internationale, de l'isoler, de neutraliser sa diplomatie par la menace à sa sécurité et si nécessaire (si les relations USA-Russie devaient un jour aller jusqu'à la confrontation) pour pouvoir lancer impunément une première frappe paralysante imparable à cause du très court délai entre le lancement des vecteurs US et leur impact sur les centres névralgiques russes. Le but ultime étant d'amener à terme la Russie à céder ses richesses naturelles à vil prix.

Cette ligne politique régionale des USA entre dans le cadre d'une vision plus large dont l'objectif principal, issu de la déconfiture de l'URSS est de ne jamais permettre que, de nouveau, ils soient dans l'obligation de reconnaître à un autre pays le statut d'alter ego. C'est d'ailleurs pour cette même raison qu'ils ont toujours fait le nécessaire pour empêcher l'émergence d'une politique étrangère européenne indépendante et son corollaire, une industrie militaire et une armée intégrées.
Ils veulent résolument être et rester le seul pays à pouvoir décider du destin des autres peuples du monde et à disposer des richesses naturelles de la planète. Cela a abouti à au plan visant à proclamer le monde entier comme nouveau champ d'intervention de l'OTAN.

Or la Russie, née d'une maladie existentielle de l'URSS, a actuellement reconstitué en partie son économie et ses structures étatiques. Ce n'est plus un pays en déshérence. Elle tend à reprendre la défense de ses intérêts. Et donc à sa frontière immédiate en ne permettant pas l'installation de l'OTAN à sa frontière. D'où le choix posé à la Géorgie : la colonisation de l'Ossétie du Sud en échange du refus d'entrer dans l'OTAN.

La Géorgie a pris la Russie de vitesse.

Juste après la proclamation de la sécession-indépendance du Kosovo, ancienne province de la Serbie. État immédiatement reconnu par les USA au grand dam de la Russie. Celle-ci aurait pu reconnaître en réponse l'indépendance des provinces d'Ossétie, d'Abkhazie, de Transnistrie. Une telle reconnaissance en temps opportun aurait autorisé juridiquement la Russie à fournir à l'Ossétie toute aide militaire nécessaire y compris une intervention directe aux côtés des troupes du pays.

Mais, la Russie a temporisé. Les USA en ont profité ; ils ne lui ont pas donné le loisir de prolonger le suspens sur ses intentions relativement aux « conflits gelés » d'Europe centrale : ils ont dégelé par la force militaire et l'argent (le président géorgien peut promettre 40 milliards de dollars US en réparation aux victimes de son agression militaire) celui qui existait entre la Géorgie et L'Ossétie du Sud.

La Russie est restée bouche bée, ce lendemain d'attaque militaire menée avec des tanks, de l'artillerie, avec des avions.

Les autres conflits semblent en attente d'une action analogue de la Géorgie. ; faut-il les considérer comme des conflits désormais réglés et classés... aux dépens de la Russie.

Dans l'avenir, si l'action géorgienne est couverte de succès, la carte stratégique du monde sera plus claire : à court terme, l'OTAN va se retrouver directement à la frontière de la Russie, avec ses tanks, ses radars, ses missiles et les USA loin derrière cette frontière chaude et ses dangers. La Russie aura perdu une partie serrée et elle aura perdu aussi pour plus longtemps son crédit de grande puissance sur l'arène internationale. Elle avait vendu son accord pour la première agression contre l'Irak ; elle n'a rien fait pour empêcher la seconde. Elle a déjà vendu son vote au sein du Conseil de Sécurité pour valider les sanctions illégitimes et post-coloniales contre l'Iran. Elle a bradé l'unité de la Serbie qu'elle aurait pu soutenir militairement. Elle aurait enfin abandonné ses alliés et subi la mort violente de ses propres citoyens, juste à sa frontière géorgienne.

Que lui resterait-t-il encore à défendre contre les appétits US sinon son territoire ?

Mais ce sont là des hypothèses conditionnelles...

Paradoxalement, pour le reste du monde, cette dernière agression va certainement créer un nouveau contexte où la Russie capitaliste va enfin comprendre que le danger qui la menaçait durant la guerre froide n'a pas disparu avec la fin de celle-ci : l'opposition USA-URSS n'était pas tant idéologique qu'économico-militaire. Les visées expansionnistes impérialistes sont toujours là. Plus que jamais. Par conséquent, la Russie va redécouvrir l'utilité d'alliances internationales pour la défense des souverainetés nationales.

Par exemple, l'Iran ne lui apparaîtra plus comme un voisin « à vendre aux USA et à Israël » en échange de l'accès à l'Organisation Mondiale du Commerce et/ou au marché US, mais comme un précieux allié pour damer le pion à l'expansionnisme US au Moyen-Orient et pour éloigner les appétits américains de son propre territoire.

Faut-il aller jusqu'à espérer qu'elle fournira des missiles anti-hélicoptère et anti-avion aux Palestiniens du Hamas qui en ont tellement besoin pur se défendre contre les agressions israéliennes maintes fois condamnées par l'Assemblée Générale de l'ONU ?
Point trop n'en faut. Une telle décision serait raisonnable du point de vue de ses intérêts nationaux puisqu'Israël qui abritait déjà des dépôts d'armes US pré positionnées pour une éventuelle guerre contre la Russie va bientôt accueillir un radar du même type que celui qui sera installé en Tchéquie... et ce radar sera géré par des militaires US.

Mais je doute que les dirigeants russes actuels iront jusque là dans l'analyse de leurs intérêts immédiats, à moyen et long terme.

Pour le moment, il faut plutôt interpréter ces reculades successives de la Russie comme le signe d'une dépendance réelle ou perçue comme telle, trop grande de son économie actuelle vis-à-vis des brevets US et vis-à-vis des échanges commerciaux avec les USA. Il est vrai qu'il existe en Russie un fort courant idéologique, basé sur les puissances financières créées avec l'argent volé au peuple russe et préconisant la soumission totale aux USA en échange de quelques miettes des rapines impérialistes à travers le monde.

Ces idéologues russes anti-russes oublient que le gâteau à partager entre les USA, le Royaume-Uni, la France, etc., c'est eux-mêmes, ce sont leurs biens, ce sont les richesses de la Russie : le pétrole, le gaz, les forêts, les gisements miniers de Sibérie et de la région arctique.

Mais la perception de cette dépendance par les dirigeants russes ira-t-elle au point de paralyser leur diplomatie et la coopération militaire avec ses alliés ?

Si tel était le cas, alors, la lutte des peuples pour le respect des souverainetés et pour le droit au développement, le droit de libre accès aux sciences devra passer par les périphéries comme l'Afghanistan, l'Irak, le Venezuela, le Belarus, l'Iran, la Corée du Nord, la Bolivie, le Nicaragua, Cuba, etc. Parce que les USA, quelle que soit leur puissance militaire et économique, ne peuvent pas vaincre partout et en même temps.

Les peuples agressés, pillés, épris de justice n'ont de toute façon aucune alternative que la lutte pour défendre leurs droits, leurs biens, leur développement autonome. Les intellectuels de ces pays et plus particulièrement ceux des pays développés, eux ont un choix : vendre leur âme au diable dollar ou sauver leur honneur en se mettant aux côtés des forces vives des nations pour le progrès de l'humanité vers une application réelle et universelle de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.

En attendant, nous avons vu avec beaucoup d'émotion la cérémonie d'ouverture des XXIXèmes olympiades des temps modernes à Pékin. Nous y avons vu Bush. Nous y avons vu Poutine ; Monsieur Medvedev est resté à Moscou, sans doute pour mieux suivre la situation en Ossétie du sud.
Pendant ce temps, des Sud-Ossètes, des Musulmans se faisaient assassiner par des Géorgiens, financés et aidés par des Américains. Le parlement sud-Ossète a publié une déclaration où on peut lire :
« Le peuple de l'Ossétie du Nord multiethnique est indigné par les démarches déployées des responsables politiques géorgiens qui ont dépassé toutes les limites de l'éthique humaine. Dans le même temps, nous sommes très étonnés de la passivité des casques bleus russes dans une situation où des civils meurent et où une minute de retard apporte de nouvelles victimes. Nous nous sentons dépourvus de toute protection, quand la petite ethnie ossète est en cours d'extermination ».

L'agression géorgienne n'est pas survenue dans un ciel bleu.
Beaucoup de signes précurseurs ont été remarqués depuis plus d'un semaine : regroupement de forces, attaques exploratoires, survol de drones.
Les dirigeants russes savaient ce qui se tramait.
Les dirigeants US le savaient d'autant plus que c'est eux qui sont derrière cette agression.

L'armée russe ayant mandat pour séparer les belligérants était sur place. Jusqu'à aujourd'hui, elle n'a rien entrepris de décisif. Pourtant des « soldats de la paix » russes missionnés par l'Onu ont été tués par les forces géorgiennes.

La Russie n'a pas encore dit son dernier mot à ce dernier coup tordu de Bush.
Espérons un sursaut du patriotisme russe qui viendrait au secours des Sud-Ossètes. ique qu'économico-militaire. Les visées expansionnistes impérialistes sont toujours là. Plus que jamais. Par conséquent, la Russie va redécouvrir l'utilité d'alliances internationales pour la défense des souverainetés nationales.

Par exemple, l'Iran ne lui apparaîtra plus comme un voisin « à vendre aux USA et à Israël » en échange de l'accès à l'Organisation Mondiale du Commerce et/ou au marché US, mais comme un précieux allié pour damer le pion à l'expansionnisme US au Moyen-Orient et pour éloigner les appétits américains de son propre territoire.

Faut-il aller jusqu'à espérer qu'elle fournira des missiles anti-hélicoptère et anti-avion aux Palestiniens du Hamas qui en ont tellement besoin pur se défendre contre les agressions israéliennes maintes fois condamnées par l'Assemblée Générale de l'ONU ?
Point trop n'en faut. Une telle décision serait raisonnable du point de vue de ses intérêts nationaux puisqu'Israël qui abritait déjà des dépôts d'armes US pré positionnées pour une éventuelle guerre contre la Russie va bientôt accueillir un radar du même type que celui qui sera installé en Tchéquie... et ce radar sera géré par des militaires US.

Mais je doute que les dirigeants russes actuels iront jusque là dans l'analyse de leurs intérêts immédiats, à moyen et long terme.

Pour le moment, il faut plutôt interpréter ces reculades successives de la Russie comme le signe d'une dépendance réelle ou perçue comme telle, trop grande de son économie actuelle vis-à-vis des brevets US et vis-à-vis des échanges commerciaux avec les USA. Il est vrai qu'il existe en Russie un fort courant idéologique, basé sur les puissances financières créées avec l'argent volé au peuple russe et préconisant la soumission totale aux USA en échange de quelques miettes des rapines impérialistes à travers le monde.

Ces idéologues russes anti-russes oublient que le gâteau à partager entre les USA, le Royaume-Uni, la France, etc., c'est eux-mêmes, ce sont leurs biens, ce sont les richesses de la Russie : le pétrole, le gaz, les forêts, les gisements miniers de Sibérie et de la région arctique.

Mais la perception de cette dépendance par les dirigeants russes ira-t-elle au point de paralyser leur diplomatie et la coopération militaire avec ses alliés ?

Si tel était le cas, alors, la lutte des peuples pour le respect des souverainetés et pour le droit au développement, le droit de libre accès aux sciences devra passer par les périphéries comme l'Afghanistan, l'Irak, le Venezuela, le Belarus, l'Iran, la Corée du Nord, la Bolivie, le Nicaragua, Cuba, etc. Parce que les USA, quelle que soit leur puissance militaire et économique, ne peuvent pas vaincre partout et en même temps.

Les peuples agressés, pillés, épris de justice n'ont de toute façon aucune alternative que la lutte pour défendre leurs droits, leurs biens, leur développement autonome. Les intellectuels de ces pays et plus particulièrement ceux des pays développés, eux ont un choix : vendre leur âme au diable dollar ou sauver leur honneur en se mettant aux côtés des forces vives des nations pour le progrès de l'humanité vers une application réelle et universelle de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.

En attendant, nous avons vu avec beaucoup d'émotion la cérémonie d'ouverture des XXIXèmes olympiades des temps modernes à Pékin. Nous y avons vu Bush. Nous y avons vu Poutine ; Monsieur Medvedev est resté à Moscou, sans doute pour mieux suivre la situation en Ossétie du sud.
Pendant ce temps, des Sud-Ossètes, des Musulmans se faisaient assassiner par des Géorgiens, financés et aidés par des Américains. Le parlement sud-Ossète a publié une déclaration où on peut lire :
« Le peuple de l'Ossétie du Nord multiethnique est indigné par les démarches déployées des responsables politiques géorgiens qui ont dépassé toutes les limites de l'éthique humaine. Dans le même temps, nous sommes très étonnés de la passivité des casques bleus russes dans une situation où des civils meurent et où une minute de retard apporte de nouvelles victimes. Nous nous sentons dépourvus de toute protection, quand la petite ethnie ossète est en cours d'extermination ».

L'agression géorgienne n'est pas survenue dans un ciel bleu.
Beaucoup de signes précurseurs ont été remarqués depuis plus d'un semaine : regroupement de forces, attaques exploratoires, survol de drones.
Les dirigeants russes savaient ce qui se tramait.
Les dirigeants US le savaient d'autant plus que c'est eux qui sont derrière cette agression.

L'armée russe ayant mandat pour séparer les belligérants était sur place. Jusqu'à aujourd'hui, elle n'a rien entrepris de décisif. Pourtant des « soldats de la paix » russes missionnés par l'Onu ont été tués par les forces géorgiennes.

La Russie n'a pas encore dit son dernier mot à ce dernier coup tordu de Bush.
Espérons un sursaut du patriotisme russe qui viendrait au secours des Sud-Ossètes.

# Posté le samedi 09 août 2008 08:45

Interwiew de Kemi Seba

Interwiew de Kemi Seba
- Dois-je vous appeler Fara Kémi Seba ou avez-vous un prénom musulman ?

Kémi Seba: Je voudrais avant tout dire as salam alaykum à toutes les s½urs et à tous les frères qui liront cette interview. Que la paix du c½ur et la paix de l'âme soient sur chacun de vous. Pour en venir à votre question, je reste Kémi Seba. Du peu que j'ai étudié de l'islam, rien ne dit qu'il faut adopter un nom arabe pour être un bon musulman. Bien au contraire, j'ai appris qu'on peut s'appeler Jacques, Christian ou Lao-Tseu tout en étant un bon musulman. Donc je reste Kémi Seba parce que ce nom renvoie à mon africanité qui, pour moi, aura toujours de l'importance. Mais aussi Kémi Seba renvoie aux erreurs que j'ai pu commettre par le passé et témoigne du chemin que j'ai parcouru dans ma quête de vérité. Mais, insha Allah, jusqu'à la fin de mes jours, je continuerai d'étudier. Et je prie Dieu afin qu'Il m'éclaire et qu'Il m'aide à avancer.
Donc vous pouvez m'appeler Kémi Seba. J'ajouterai cependant que, désormais, ce nom est strictement culturel et renvoie à mes traditions africaines. Il est donc à jamais dépoussiéré de toute connotation pseudo-religieuse et du fanatisme relatif au folklore de l'égyptologie, auquel j'ai pu le rattacher auparavant.




-Vous renoncez donc à votre positionnement afro-centré ?

J'ai déjà eu l'occasion de différencier le panafricanisme de l'afrocentricité. Ce sont deux approches différentes. Je continuerai de me battre pour que l'Afrique soit une Afrique solide, une Afrique forte, une Afrique grande. Mais j'ai abandonné le prisme limité, le prisme de frustrations de l'afrocentricité pour m'élever vers le prisme plus universel, plus juste, plus réel et plus rationnel du panafricanisme. L'ethnocentrisme appelle à se centrer sur soi, en s'opposant aux autres. Cela n'est pas ma démarche aujourd'hui. Je suis plutôt panafricain... Thomas Sankara disait que lorsqu'on est témoin de la souffrance des nôtres en Palestine occupée l'on est obligé de se sentir Palestinien. En ce sens, je milite pour la reconstruction de l'Afrique, qui est aujourd'hui la poubelle, le cimetière du monde. Je suis touché quand je vois mes frères musulmans opprimés à travers le monde, tout comme je suis solidaire de toute personne, quelle que soit sa religion, qui est victime d'injustices.
L'islam m'a permis de porter un regard nouveau sur ces questions. Cela étant, on ne peut pas en vouloir aux Noirs, après ce qu'ils ont subi comme vexations, d'éprouver de la frustration. Mais la frustration ne peut pas être une force ; il faut donc la dépasser. Allah m'a permis de me réveiller. Je ne suis qu'au début de ma « résurrection ». Je Lui demande de continuer à me guider dans la bonne direction.





-Vous avez été à Nation of Islam. Quelle est aujourd'hui votre relation à cette organisation ?

J'ai de profonds désaccords avec la Nation of Islam, mais ce serait un mensonge de dire qu'ils ne m'ont rien appris. N'oubliez pas que j'étais seulement en classe de terminale S quand j'ai commencé à sécher les cours pour fréquenter les bibliothèques et à traîner dans certains lieux de Paris pas très valorisants. Donc, indéniablement, à Nation of Islam, ils m'ont appris à m'aimer moi-même. S'il n'y avait pas des organisations comme Nation of Islam dans les ghettos américains que je connais, un certain nombre de personnes ne sortiraient pas de la drogue, un certain nombre de femmes ne sortiraient pas de la prostitution... Je ne condamnerai pas publiquement Nation of Islam, mais nos désaccords sont effectifs et je ne peux partager quantités de propos tenus aujourd'hui dans cette organisation.


-Par exemple ?

Par exemple, je ne crois plus que l'homme blanc est le diable comme j'ai pu le croire à un moment.




-Et que pensez-vous maintenant ?

Je pense qu'il faut faire preuve de pédagogie pour amener les gens à s'unir. Je veux que ma communauté se relève, je veux que les Noirs se relèvent, je veux que les damnés, les opprimés se redressent. Je veux que ma communauté au sens large, ceux qui sont soumis à l'Unique, puisse regarder ceux qui souffrent avec pédagogie ; et non les bousculer en leur imposant des règles de comportements et en les jugeant en termes de bon/mauvais. Je pense qu'il faut accompagner ceux qui souffrent sans les juger, sans les ostraciser. Aujourd'hui, je dis qu'il faut regarder le monde avec l'amour du prochain. Je reviens de très très loin, je le sais. En prison, j'ai eu l'occasion de faire le point sur mon parcours et je dois dire que je ne regrette absolument rien. Si vous retiriez une seule étape de ce parcours, je ne serais pas celui que je suis aujourd'hui. Je ne serais pas celui qui, librement, se prosterne en se soumettant volontairement à Allah.




-Vous avez cheminé seul avec des livres. Quels auteurs ont déterminé votre changement ? Vous citez René Guénon par exemple ; que vous a apporté la lecture de Guénon ?

Il nous faudrait beaucoup plus de temps pour évoquer tous les auteurs qui m'ont inspiré. Il est vrai que René Guénon est l'un d'eux, mais il n'est pas le seul. Mais ce qui fut marquant pour moi, c'est que René Guénon est un « homme blanc », pour reprendre un terme convenu, qui a eu un rapport aux traditions dans lequel je me reconnais parfaitement. Moi, le Noir, j'ai commencé à chercher ma vérité par la racine, en revenant à la genèse de la cosmogonie africaine. Lui, Guénon, le Blanc, a commencé par étudier l'hindouisme, une spiritualité qui a été amenée par les Aryens, les Blancs. Il est donc parti de l'histoire des siens pour revenir à la soumission à l'Unique, c'est-à-dire l'islam.
Grâce à mes lectures de Guénon, je suis sorti du prisme de « l'islam, religion arabe ». Il m'a bien fait comprendre que l'islam existe depuis la nuit des temps, mais que le Prophète Muhammad – que la paix soit sur lui – est venu rappeler et parachever ce que des myriades de peuples avaient reçu puis oublié.




-En effet, l'½uvre de Guénon insiste bien sur l'approche originelle de l'islam.

Eh bien pour moi, cette découverte m'a presque traumatisé. Je réalise aujourd'hui que cette approche échappe à beaucoup de ceux qui se revendiquent de l'islam et qui croient que cette religion est apparue avec le Prophète Muhammad – que la paix soit sur lui –, alors qu'il n'en est rien, et René Guénon le montre bien. Chaque nation a reçu des messagers. Chaque peuple, dans ses traditions, possède des résidus de ce que les messagers ont laissé, sauf que la plupart de populations sont éloignées du message originel. C'est pourquoi le Coran parle d'al-dhikr, le rappel. On comprend qu'il était nécessaire qu'Allah nous rappelle le sens de la vie, le sens de l'Homme, de sa mission sur Terre, parce que les gens les avaient oubliés. René Guénon est allé très en profondeur de la tradition, et c'est ce qui m'a touché quand je l'ai étudié.




-Guénon a aussi étudié plusieurs formes de spiritualité avant de se convertir à l'islam.

Tout à fait... Il faut savoir que j'ai toujours été ouvert à la discussion. Même quand j'ai quitté la Nation of Islam, j'ai parfois débattu avec des musulmans. Et j'ai toujours été gêné par le rejet systématique qu'ils avaient de tout ce qui, au prime abord, n'avait pas l'apparence de l'islam. Or Guénon fait exception à cette règle, car il a étudié l'hindouisme et même la franc-maçonnerie. Dans Le Symbolisme de la croix, le kémitisme et bien d'autres thèmes de la cosmogonie d'antan sont traités sans rapport apparent direct avec l'islam. Dans Formes traditionnelles et cycles cosmiques ou dans un livre comme Autorité spirituelle et pouvoir temporel, René Guénon revient à la genèse du message spirituel qu'on retrouve à la fois dans l'animisme, dans le kémitisme et dans bien d'autres thématiques. En ce sens, un homme blanc m'a touché profondément par la connaissance qu'il avait de lui-même. Il m'a touché par la connaissance qu'il avait de son environnement. Moi, le panafricain. Il faut reconnaître que c'est un paradoxe ! Je serai éternellement reconnaissant à Abdul Wahid Yahya (ndr : René Guénon), serviteur de l'Unique, il porte bien son nom, car cet homme m'a permis de me rapprocher de l'Unique. Et j'en remercie Allah..




-C'est beau de vous écouter sur Guénon, qui était soufi. Peut-on dire que vous êtes soufi ?

Non, je ne dirai pas cela : je suis seulement un homme soumis à Allah. Je suis simplement dans l'islam au sens originel du terme. J'essaye de me conformer chaque jour à ce que j'apprends et j'implore Allah de me permettre de m'enrichir ; j'ai tant de choses à apprendre. Cet entretien que nous avons actuellement m'enrichit énormément. Je suis dans une période où toute discussion que je peux avoir avec toute personne, musulmane ou non musulmane, est une source d'enseignement qui m'enrichit. Je sais que l'habitude est de diviser les musulmans en tendances et écoles : sunnites, chiites, kharijites, salafistes, etc., avec des subdivisions intérieures [...]. Je comprends donc votre question. Mais non... Je ne veux pas me dire aujourd'hui que je suis de tendance soufie ou de quelque autre tendance. Ce qui m'occupe actuellement, c'est la connaissance de moi en mon âme et le combat politique que je mène au sein du Mouvement des damnés de l'impérialisme. Je laisse l'Histoire dire ce que je serai dans quelques années, insha Allah.



-Le mouvement afro-centré cite souvent Jacques Heers, Tidiane N'Diaye – j'ajouterai Bernard Lewis – sur l'islam et l'esclavage. Quel argument vous a permis de réfuter leurs thèses ?

Mon argument est simple : ces thèses qui disent que l'islam aurait esclavagisé les Noirs ne sont pas matérialisées dans le Coran. J'ai eu l'occasion de lire le Coran un certain nombre de fois et je continue de l'étudier. Et jusqu'à la fin de ma vie, chaque page du Coran sera étudiée avec minutie, selon les capacités qui sont les miennes. Certes, des gens se revendiquant de l'islam ont pratiqué l'esclavage des Noirs. Le nier serait travestir la vérité. Mais j'insiste pour dire que ces gens-là n'étaient pas en accord avec les principes de la soumission à Allah. Car, dans la religion de la soumission à l'Unique, rien n'autorise qu'on traite un homme en sous-homme et un autre en son supérieur. C'est cela que je tiens à préciser avec clarté aujourd'hui. Jusqu'alors, je ne pouvais pas appréhender les choses de cette façon parce que, en raison de la souffrance qu'on subissait, j'étais dans l'amalgame mêlant les religions des esclavagistes et la religion qui, elle, ne prône pas l'inégalité des races, bien au contraire.




Que pensez-vous de ceux qui soutiennent cette thèse ?

Ceux qui condamnent l'islam au motif que c'est une religion esclavagiste sont des gens qui se servent de la frustration et de la souffrance des Noirs pour rendre l'islam responsable de tous les maux, parce qu'ils savent que l'islam est la voie de la vérité et qu'elle attire de plus en plus de gens. Mon rôle, aujourd'hui, est d'expliquer ces choses. Il existe de la négrophobie chez des gens qui se revendiquent de l'islam. Quand j'étais dans l'ethnocentricité, j'ai entendu des propos d'une négrophobie pure de la part de gens qui se disaient musulmans et cela m'a conforté, durant des années, dans l'idée que l'islam n'était pas une religion de paix, de vérité et de dignité. Mais je suis revenu de cette erreur, de cet amalgame qui lie ces gens et la religion. À cela j'ajouterai que certaines personnes ont aujourd'hui intérêt à monter l'islam contre les Noirs. Ceux-là trouvent leur intérêt à monter les communautés les unes contre les autres, au lieu de se préoccuper de l'oppression face à un adversaire commun, que nous connaissons tous mais que l'on ne peut pas citer. Cet adversaire n'a rien de religieux, c'est un oppresseur politique qui fait passer le message que l'islam est une religion esclavagiste. Ce qui est une hérésie.




-Qu'en est-il de votre engagement politique ? Kémi Seba veut-il toujours être maire ?

Quand j'ai engagé ma candidature (ndr : à la municipalité de Sarcelles, dans le 95), j'ai eu un certain nombre de procès. Même si j'ai fait appel, j'ai dû faire face au coût financier de ces procès... Mais j'ai surtout vu comment l'État faisait tout pour me barrer le chemin sur ce terrain-là. Il m'a fallu innover pour me faire entendre. Je dirige aujourd'hui le Mouvement des damnés de l'impérialisme (MDI), qui s'intéresse à ceux qui sont hors système. J'ai compris qu'on ne peut pas changer un système en l'infiltrant. Je suis donc dans le sens originel du terme « évolution » et il suffit d'y ajouter un R pour faire une Révolution, pas au sens sanglant du terme mais une révolution idéologique. En quatre mois, le MDI s'est étendu à une vitesse record aux quatre coins de la France. Nous touchons tous les hors-système : tous les petits frères des banlieues et ceux qui sont intéressés sont en train d'adhérer au MDI.




-Quelle est la ligne politique du MDI ?

Notre ligne politique est d'affirmer notre identité, de lutter contre les oligarques qui ont pris en otage la nation dans laquelle nous vivons. Nous voulons faire en sorte que la France puisse être décideuse. Plutôt que de s'enfermer dans une optique locale comme j'ai voulu le faire à Sarcelles, je suis dans une démarche bien plus politique et bien plus large. Aujourd'hui, la France est le pays qui peut faire changer la face du tiers-monde et du continent africain en particulier. La France est le pays qui peut changer la situation en Palestine, contrairement à ce qu'on entend. La France a voix au chapitre dans le G8. Si le visage de la France change sur les questions du tiers-monde, si les Afro-descendants, si les musulmans, la diaspora, les prolétaires, si tout ce peuple se lève et fait comprendre que la France doit changer son comportement vis-à-vis du tiers-monde, que la France doit changer son comportement vis-à-vis de la Palestine, je suis convaincu que l'Histoire du monde, l'Histoire du tiers-monde changeront radicalement. Et l'Histoire de l'impérialisme changera aussi radicalement. La France d'aujourd'hui, de par ses oligarques, a les deux pieds dans l'impérialisme sale et sanglant ; et nous avons la responsabilité de tout faire pour que cela change.



-En devenant musulman, votre position a-t-elle changé sur la question palestinienne ?

Bien au contraire, ma position s'est confortée, elle s'est encore plus affirmée. J'ai défendu le fait que l'Afrique du Sud ne pouvait pas être aux mains des oligarques sous prétexte qu'ils sont arrivés à une époque, qu'ils ont pillé les richesses et, par conséquent, qu'ils devraient tout posséder... Pour moi, cela n'est pas normal. De la même manière, quand je vois comment la Palestine est devenue un territoire occupé, si je suis anticolonialiste, si je suis panafricain, si je me considère musulman, je ne peux pas accepter qu'on attaque le colonialisme en Afrique et rester inactif face au colonialisme en Palestine occupée. Je condamne toujours, de la manière la plus virulente possible, le sionisme non pas en tant que religion, mais en tant qu'idéologie politique raciste et colonialiste. Je suis pour qu'il y ait un seul État où ceux qui veulent vivre en paix avec les Palestiniens restent et que les autres s'en aillent se chercher une terre vide ailleurs et qu'ils laissent en paix ceux qui vivaient sur ces terres en paix depuis plusieurs générations. Les Palestiniens n'ont rien à voir avec les crimes des nazis et ils n'ont pas à en payer le prix. On n'a pas à leur voler leur terre, cela s'appelle du colonialisme et je me battrai toujours contre.

-Sur la situation de l'islam en France, avez-vous un v½u, un projet ?

Je viens à peine de me convertir, il serait maladroit de ma part d'exprimer une opinion sur l'islam en France. Je me dois d'être humble. Et si je dois exprimer un v½u, ce sera que la communauté musulmane en France puisse agir dans l'unité et parler d'une seule voix, comme un seul homme. Tenter de fédérer, avec le peu de moyens que j'ai, est la seule chose que je puisse envisager aujourd'hui. À l'annonce de ma conversion, j'ai eu un nombre de retours absolument effrayant. La boîte mail du site a été saturée. Les appels n'en finissent pas ; on a cessé de les compter. Je mesure donc l'attente car, dans la communauté musulmane en France, les gens en ont marre d'être divisés. Les musulmans de France en ont marre que des gens suivent leurs intérêts personnels plutôt que l'intérêt général. L'humilité est une vertu qu'on enseigne dans l'islam et il serait présomptueux de ma part de dire ce qu'il faudrait pour les musulmans de France, sauf que mon v½u le plus cher est de voir les musulmans de France agir dans l'union et non la division.

Propos recueillis par Amara BAMBA
bre de procès. Même si j'ai fait appel, j'ai dû faire face au coût financier de ces procès... Mais j'ai surtout vu comment l'État faisait tout pour me barrer le chemin sur ce terrain-là. Il m'a fallu innover pour me faire entendre. Je dirige aujourd'hui le Mouvement des damnés de l'impérialisme (MDI), qui s'intéresse à ceux qui sont hors système. J'ai compris qu'on ne peut pas changer un système en l'infiltrant. Je suis donc dans le sens originel du terme « évolution » et il suffit d'y ajouter un R pour faire une Révolution, pas au sens sanglant du terme mais une révolution idéologique. En quatre mois, le MDI s'est étendu à une vitesse record aux quatre coins de la France. Nous touchons tous les hors-système : tous les petits frères des banlieues et ceux qui sont intéressés sont en train d'adhérer au MDI.




-Quelle est la ligne politique du MDI ?

Notre ligne politique est d'affirmer notre identité, de lutter contre les oligarques qui ont pris en otage la nation dans laquelle nous vivons. Nous voulons faire en sorte que la France puisse être décideuse. Plutôt que de s'enfermer dans une optique locale comme j'ai voulu le faire à Sarcelles, je suis dans une démarche bien plus politique et bien plus large. Aujourd'hui, la France est le pays qui peut faire changer la face du tiers-monde et du continent africain en particulier. La France est le pays qui peut changer la situation en Palestine, contrairement à ce qu'on entend. La France a voix au chapitre dans le G8. Si le visage de la France change sur les questions du tiers-monde, si les Afro-descendants, si les musulmans, la diaspora, les prolétaires, si tout ce peuple se lève et fait comprendre que la France doit changer son comportement vis-à-vis du tiers-monde, que la France doit changer son comportement vis-à-vis de la Palestine, je suis convaincu que l'Histoire du monde, l'Histoire du tiers-monde changeront radicalement. Et l'Histoire de l'impérialisme changera aussi radicalement. La France d'aujourd'hui, de par ses oligarques, a les deux pieds dans l'impérialisme sale et sanglant ; et nous avons la responsabilité de tout faire pour que cela change.



-En devenant musulman, votre position a-t-elle changé sur la question palestinienne ?

Bien au contraire, ma position s'est confortée, elle s'est encore plus affirmée. J'ai défendu le fait que l'Afrique du Sud ne pouvait pas être aux mains des oligarques sous prétexte qu'ils sont arrivés à une époque, qu'ils ont pillé les richesses et, par conséquent, qu'ils devraient tout posséder... Pour moi, cela n'est pas normal. De la même manière, quand je vois comment la Palestine est devenue un territoire occupé, si je suis anticolonialiste, si je suis panafricain, si je me considère musulman, je ne peux pas accepter qu'on attaque le colonialisme en Afrique et rester inactif face au colonialisme en Palestine occupée. Je condamne toujours, de la manière la plus virulente possible, le sionisme non pas en tant que religion, mais en tant qu'idéologie politique raciste et colonialiste. Je suis pour qu'il y ait un seul État où ceux qui veulent vivre en paix avec les Palestiniens restent et que les autres s'en aillent se chercher une terre vide ailleurs et qu'ils laissent en paix ceux qui vivaient sur ces terres en paix depuis plusieurs générations. Les Palestiniens n'ont rien à voir avec les crimes des nazis et ils n'ont pas à en payer le prix. On n'a pas à leur voler leur terre, cela s'appelle du colonialisme et je me battrai toujours contre.

-Sur la situation de l'islam en France, avez-vous un v½u, un projet ?

Je viens à peine de me convertir, il serait maladroit de ma part d'exprimer une opinion sur l'islam en France. Je me dois d'être humble. Et si je dois exprimer un v½u, ce sera que la communauté musulmane en France puisse agir dans l'unité et parler d'une seule voix, comme un seul homme. Tenter de fédérer, avec le peu de moyens que j'ai, est la seule chose que je puisse envisager aujourd'hui. À l'annonce de ma conversion, j'ai eu un nombre de retours absolument effrayant. La boîte mail du site a été saturée. Les appels n'en finissent pas ; on a cessé de les compter. Je mesure donc l'attente car, dans la communauté musulmane en France, les gens en ont marre d'être divisés. Les musulmans de France en ont marre que des gens suivent leurs intérêts personnels plutôt que l'intérêt général. L'humilité est une vertu qu'on enseigne dans l'islam et il serait présomptueux de ma part de dire ce qu'il faudrait pour les musulmans de France, sauf que mon v½u le plus cher est de voir les musulmans de France agir dans l'union et non la division.

Propos recueillis par Amara BAMBA
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# Posté le samedi 09 août 2008 08:16

Modifié le samedi 09 août 2008 08:35

L'otage Sami Al Hajj libéré en mai 2008 de Guantamo témoigne , pourquoi ne pas avoir fait le même tapage médiatique de pour ingrid Bétancourt pour un otage qui a beaucoup plus souffert qu'elle de la barbarie ?

Silvia Cattori : Comment vous sentez-vous, quelques semaines à peine après votre libération ?

Sami El Haj : Je me sens bien, merci. Quand je vois que des gens s'engagent pour sauver des êtres humains et luttent pour la défense de leurs droits, cela me conforte. Bien sûr, à ma sortie de Guantanamo, il y a deux mois, je n'allais pas bien du tout. Mais, maintenant, je me sens mieux, en découvrant que les gens, au-dehors, luttent, et n'oublient pas l'objectif principal : obtenir la paix et la liberté pour tout le monde.

Silvia Cattori : Après ces années douloureuses, passées dans des camps, quels sont vos sentiments et vos v½ux les plus chers ?

Sami El Haj : Bien évidemment, je me sens heureux d'avoir retrouvé ma liberté. J'ai retrouvé ma famille, mon épouse et mon fils. Durant six années et demie, il ne m'a pas vu, il a dû aller à l'école sans moi. Il m'a attendu et m'a dit : « Papa, tu m'as manqué si longtemps ! J'ai souffert, surtout quand je voyais mes camarades à l'école, accompagnés par leur père, qui me demandaient : Où est ton père ? Je n'avais pas de réponse à leur donner. C'est pourquoi j'ai demandé à maman de me conduire à l'école en voiture, parce que je ne voulais pas qu'ils me posent toujours cette question ».

J'ai dit à mon fils : « Maintenant, je suis en mesure de t'amener à l'école, mais tu dois comprendre que j'ai un message à apporter, une cause juste à défendre. Je veux lutter pour la cause des droits de l'homme, pour les gens que l'on a privés de leur liberté. Je ne vais pas lutter seul. Il y a des milliers de gens qui s'engagent partout où l'on porte atteinte à la dignité des humains. N'oublie pas que nous luttons pour la paix, pour défendre les droits là où ils sont bafoués, pour un meilleur avenir pour toi. Peut-être que nous y arriverons un jour et, alors, je vais pouvoir rester à tes côtés et t'amener à l'école ».

Je ne sais pas s'il a compris, parce qu'il est encore petit, mais il m'a souri. Mon épouse, elle non plus, ne souhaitait pas que je reparte. Mais, quand je lui ai rappelé dans quelle situation douloureuse se trouvent les gens enfermés à Guantanamo, qui ont eux aussi une famille, des fils, des filles, une épouse, qui leur manquent, et que, si je restais sans lutter, ces gens allaient rester enfermés plus longtemps, elle a compris que je devais continuer de voyager, d'ajouter ma voix à toutes les autres voix, pour que les détenus puissent rentrer chez eux le plus rapidement possible. Elle m'a accordé son plein soutien. En m'accompagnant à l'aéroport, elle m'a dit : Je vais prier pour toi.

Silvia Cattori : Ainsi, en allant en Afghanistan pour filmer les massacres de civils, victimes de la guerre de M. Bush, vous êtes devenu, vous-même, une de ses victimes ? N'avez-vous pas peur de ce qui peut encore vous arriver ?

Sami El Haj : Pour moi, il n'y a aucun doute, je vais continuer mon travail de journaliste. Je dois continuer de porter un message de paix, quoi qu'il en soit. En ce qui me concerne, j'ai passé six années et six mois en prison, loin de ma famille ; mais, pour d'autres, cela a été bien plus terrible. J'ai perdu un ami très cher, journaliste à Al-Jazira : il est mort à Bagdad, tué lors du bombardement de l'hôtel où il se trouvait. J'ai également perdu une collègue qui travaillait avec moi à Al-Jazira, que je considère comme une s½ur : morte, elle aussi, à Bagdad.

Beaucoup de gens ont perdu leur vie à cause de cette guerre. Vous devez savoir que l'administration Bush a voulu empêcher la couverture des médias libres, comme Al-Jazira, au Moyen-Orient. Les bureaux d'Al-Jazira, à Kaboul et Bagdad, ont été bombardés.

En 2001, quand j'ai laissé mon fils et mon épouse pour aller filmer la guerre déclenchée par les Etats-Unis contre l'Afghanistan, je pouvais m'attendre à trouver la mort dans un bombardement. J'y allais, conscient des risques. Tout journaliste sait qu'il accomplit une mission et doit être prêt à se sacrifier pour témoigner de ce qu'il se passe, par ses films et ses écrits. Et pour aider les gens à comprendre que la guerre n'apporte rien d'autre que la mort d'innocents, destruction et souffrances. C'est sur la base de cette conviction que mes collègues et moi sommes allés dans des pays en guerre.

Maintenant, après toutes ces années de captivité, je peux à nouveau faire quelque chose en faveur de la paix. Je vais m'engager dans ce sens, pour la paix du monde, jusqu'à ce qu'on y arrive. Je suis sûr qu'un jour, même si ce n'est pas moi qui en récolterai les fruits, nous finirons par obtenir la paix et le respect des droits humains, ainsi que la protection des journalistes partout dans le monde. Je suis sûr que nous parviendrons à ce que les journalistes ne soient plus torturés ou blessés en faisant leur travail, en défendant les droits des gens à l'information et en montrant les abus contre les humains.

Silvia Cattori : Vous avez dit, d'entrée, que vous vous sentiez bien. Mais, après une si horrible expérience, et alors que vous avez été relâché sans la moindre excuse de la part de vos tortionnaires, comment pouvez-vous évoquer ce passé sans ressentiment ni rancune ?

Sami El Haj : Bien sûr, ce passé est extrêmement dur et ma situation personnelle est difficile. Mais quand je pense à ceux qui sont encore à Guantanamo, à qui leur famille, dont ils n'ont aucune nouvelle, manque, je me dis que ma situation, aussi difficile soit-elle, est meilleure que la leur.

Je ne puis oublier que j'ai laissé à Guantanamo des frères qui sont détruits, qui sont devenus fous. Je pense en particulier à ce médecin yéménite qui vit aujourd'hui tout nu dans sa cellule car il a perdu la raison.

Silvia Cattori : Quel genre de tortures vous faisaient-ils subir ?

Sami El Haj : Toutes sortes de tortures physiques et psychiques. Comme les détenus étaient tous musulmans, l'administration du camp les soumettait à beaucoup de vexations et d'humiliations touchant la religion. J'ai vu de mes propres yeux des soldats déchirer le Coran et le jeter dans les toilettes. Je les ai vus, durant les interrogatoires, s'asseoir sur le Coran aussi longtemps que l'on ne répondait pas aux questions posées. Ils insultaient nos familles, notre religion. Ils faisaient semblant de téléphoner à notre Dieu pour lui demander, en se moquant de nous, de venir nous sauver. L'unique Imam du camp a été accusé de connivence avec les détenus et a été renvoyé, en 2005, pour avoir refusé de dire aux visiteurs que le camp respectait la liberté religieuse.

Ils nous rouaient de coups. Ils nous couvraient d'insultes racistes. Ils nous enfermaient dans des pièces froides, au-dessous de zéro, avec un seul repas froid par jour. Ils nous suspendaient par les mains. Ils nous empêchaient de dormir et, quand on s'assoupissait, ils nous frappaient sur la tête. Ils nous montraient des films illustrant des séances de tortures atroces. Ils nous montraient la photo de torturés décédés, tuméfiés, sanguinolents. Ils nous maintenaient sous la menace de nous transférer ailleurs pour nous torturer encore plus. Ils nous arrosaient d'eau froide. Ils nous forçaient à faire le salut militaire en écoutant l'hymne des Etats-Unis. Ils nous forçaient à porter des vêtements de femmes. Ils nous forçaient à regarder des photos érotiques. Ils nous menaçaient de viol. Ils nous mettaient nus, nous faisaient marcher comme des ânes, en nous demandant d'aller ici et là. Ils nous demandaient de nous asseoir et de nous mettre debout 500 fois de suite. Ils humiliaient les détenus en les enveloppant du drapeau états-unien et israélien ; ce qui était une manière de dire que nous étions enfermés dans le cadre d'une guerre de religion.

Quand, couvert de poux, sale, le détenu est tiré de sa cellule pour être soumis à de nouvelles séances de tortures, pour le conduire à collaborer, il finit par dire n'importe quoi et ne plus savoir qui il est.

J'ai subi plus de 200 interrogatoires sous la torture. 95 % des questions concernaient Al-Jazira. Ils voulaient me faire accepter de travailler comme espion au sein d'Al-Jazira. En échange, ils m'offraient la nationalité états-unienne, pour moi et ma famille, et un salaire en fonction de mes résultats. J'ai refusé. Je leur répétais que mon métier est celui de journaliste, pas celui d'espion, et que j'avais le devoir de faire connaitre la vérité et d'½uvrer pour que les droits de l'homme soient respectés.

Silvia Cattori : Aujourd'hui, êtes-vous à même de pardonner à vos tortionnaires ?

Sami El Haj : Bien sûr que je vais leur pardonner s'ils ferment Guantanamo. Mais s'ils continuent à faire du mal, je vais m'adresser à un tribunal, engager une action contre eux.

Bien que je sache que l'administration de Bush a fait tant de mal, je continue de penser qu'il n'est pas trop tard pour ces gens de corriger leurs erreurs.

Il faut savoir faire la différence entre l'administration et le peuple. Les détenus de Guantanamo savent qu'ils ont des amis aux Etats-Unis, comme cet avocat qui est venu à Guantanamo et qui s'est battu pour mon cas.

Silvia Cattori : On a le sentiment qu'ils n'ont pas réussi à vous briser ?

Sami El Haj : Parce que je ne suis pas seul. Il y a des gens derrière moi ; ce sentiment me donne de la force. En prison, j'ai puisé ma force dans la conviction que tout homme libre ne peut accepter d'être mis dans cette situation d'infériorité et de déshumanisation. On éprouve des sentiments de douleur, de chagrin, mais on s'efforce de garder l'espoir qu'il y aura une sortie ; et l'idée que, même en prison, on peut continuer son travail de journaliste, cela limite la souffrance.

Silvia Cattori : Alors que vous étiez à Guantanamo, saviez-vous qu'il y avait, à l'extérieur, des gens qui se battaient pour vous faire libérer ?

Sami El Haj : En fait, je ne les connaissais pas, parce que, à l'intérieur de la prison, les nouvelles sont très difficiles à obtenir, même si vous avez un avocat parce qu'il lui est interdit de vous informer. Les gens qui travaillent pour les droits de l'homme, et ceux qui n'aiment pas l'administration Bush, aujourd'hui je les connais. Je crois que leur voix est chaque jour plus forte.

Silvia Cattori : Votre frère a dit, en vous revoyant, que vous aviez l'air d'un vieil homme. Est-ce votre sentiment ?

Sami El Haj : En ce qui me concerne, je vis par mon c½ur, et non par mon visage ou par mon corps. Je sens mon c½ur toujours aussi jeune, et plus fort qu'avant.

Silvia Cattori : Donc, c'était une expérience très douloureuse mais, en fait, vous en ressortez riche d'un potentiel insoupçonné ?

Sami El Haj : C'est exact. Du temps passé à Guantanamo, j'ai su tirer quelque bénéfice. Avant d'aller à Guantanamo, je n'avais qu'une petite famille ; maintenant, j'ai une grande famille, j'ai gagné des centaines d'amis dans le monde entier. Cela est très positif ; j'ai perdu six ans et six mois mais, maintenant, j'ai davantage d'amis.

Silvia Cattori : Etes-vous encore considéré comme un « ennemi combattant » [3] ?

Sami El Haj : Je ne sais pas mais, lorsqu'ils m'ont relâché, ils m'ont dit : Maintenant vous n'êtes plus dangereux pour les Etats-Unis.

Silvia Cattori : Et votre nom ne figure plus sur la « liste terroriste » ?

Sami El Haj : Je ne sais pas. Je pense que, dans leur mentalité, tous ceux qu'ils ont qualifiés de « terroristes » vont rester des « terroristes ». Et que, maintenant, ils ont peur de nous parce qu'ils nous ont fait du mal sans aucune raison.

Silvia Cattori : Pensez-vous que les agents de la CIA vont continuer de vous faire espionner ?

Sami El Haj : Oui. En réalité, je n'ai rien contre ce pays et son peuple. Si l'administration Bush corrige ses fautes, je ne vais me plaindre de rien.

Silvia Cattori : Avez-vous été surpris quand, à votre sortie, un officier du Pentagone, vous voyant avec une canne, vous a accusé d'être un manipulateur ?

Sami El Haj : Les gens du Pentagone prétendent que les prisonniers de Guantanamo sont des malfaiteurs mais, en réalité, 500 d'entre eux sont maintenant rentrés chez eux. Comment aurait-on pu les laisser sortir s'ils étaient réellement des malfaiteurs ? Ils mentent toujours.

Silvia Cattori : Deux autres Soudanais ont été relâchées en même temps que vous, Amir Yacoub Mohamed al Amin et Walid Mohamed. Comment vont-ils maintenant ?

Sami El Haj : Le Gouvernement et l'administration du Soudan les ont très bien traités. Ils nous ont accueillis tous les trois, directement à l'aéroport. Bien que les Etats-Unis m'aient pris mon passeport, ils m'ont donné un nouveau passeport dans les deux heures, et on n'a fait aucune objection à ce que je voyage hors du Soudan.

Silvia Cattori : À Guantanamo, les militaires vous appelaient-ils par votre nom ou par votre matricule de prisonnier : « numéro 345 » ?

Sami El Haj : Ils ne m'appelaient jamais par mon nom, mais « three, four, five », mon numéro matricule. Les derniers temps ils m'appelaient « Al-Jazira ». Seuls les délégués de la Croix-Rouge m'appelaient par mon nom.

Silvia Cattori : Ces délégués vous ont-ils rendu visite souvent ?

Sami El Haj : Lorsqu'ils étaient autorisés à venir nous visiter, tous les deux ou trois mois ; je leur parlais, ils m'apportaient des lettres de ma famille.

Silvia Cattori : L'administration Bush et les officiers chargés de vous torturer savaient que vous étiez un honnête homme, un simple journaliste désireux de faire connaître les brutalités qu'ils commettaient contre le peuple afghan, pas un « terroriste ». Savez-vous pour quelle raison ils vous ont fait tant de mal ?

Sami El Haj : La majorité des soldats, là bas, suivaient les ordres de leurs officiers. Ils torturaient sans aucun état d'âme. Mais je dois à la vérité de dire que certains d'entre eux étaient bons. Certains soldats faisaient usage de leur cervelle.

Silvia Cattori : Les agents de la CIA ont rédigé un rapport sur les tortures à Guantanamo. Quand ils vous torturaient, aviez-vous l'impression qu'ils vous observaient, qu'ils faisaient des expériences sur vous ?

Sami El Haj : Nous étions sous la surveillance constante de médecins psychiatres en uniforme militaire. Ils n'étaient pas là pour soigner, mais pour participer aux interrogatoires, pour observer les torturés de façon à ce qu'aucun détail dans le comportement du prisonnier ne leur échappe. C'est sous la responsabilité du colonel Morgan, médecin spécialisé en psychiatrie, que se faisaient les interrogatoires. Ce colonel a été placé, dès mars 2002, à Guantanamo. Il avait servi dans la prison afghane de Bagram dès novembre 2001. Il donnait des consignes aux officiers qui nous interrogeaient, étudiait nos réactions, notait chaque détail pour, ensuite, adapter les tortures à la personnalité de chaque détenu, ce qui a laissé des traces profondes sur leur psychisme.

J'ai parlé avec eux. Je leur ai dit que la mission de médecin était noble, d'aider les gens, pas de les torturer. Ils m'ont répondu : « Nous sommes des militaires, nous devons suivre les règles ; lorsqu'un officier me donne un ordre, je suis censé l'exécuter, sinon, on me mettra en prison comme vous ; lorsque j'ai signé le contrat avec l'armée, à ce moment-là j'ai compris que je devais obéir à tout ».

Silvia Cattori : Parmi les tortures pratiquées à Guantanamo, je vois des similitudes avec des tortures pratiquées en Israël sur les prisonniers politiques palestiniens. La « torture » du sommeil par exemple, c'est leur spécialité.

Sami El Haj : Je crois que la majorité des Services de renseignements du monde entier sont venus à Guantanamo. J'ai vu des Britanniques, j'ai vu des Canadiens. Ils sont venus là pour s'intéresser aux interrogatoires, et aussi pour fournir aux officiers de la CIA et du FBI des conseils sur comment torturer, comment interroger, sur la base de leurs expériences.

Silvia Cattori : Arrivez-vous à dormir tranquillement ?

Sami El Haj : Ce n'est plus comme avant Guantanamo. Je ne dors plus que 3 à 4 heures. Aujourd'hui, quand j'ai rencontré des gens à de la Croix-Rouge, je leur ai demandé de m'aider à surmonter mes difficultés, de me conseiller un docteur qui puisse m'examiner. Sept ans, ce n'est pas une courte période.

Silvia Cattori : La grève de la faim, n'était-ce pas un peu comme une torture dirigée contre vous-mêmes ? Pourquoi l'avoir faite durant de si longues périodes, alors que vos geôliers s'en servaient pour vous infliger encore plus d'humiliations et de souffrances ?

Sami El Haj : Parce que nous pensions que nous ne pouvions pas rester silencieux, que nous devions faire quelque chose. Nous n'avions que ce moyen-là de nous faire entendre. La grève de la faim est un moyen d'action très pénible, bien sûr, très difficile à supporter. Mais quand vous êtes privé de liberté, vous devez lutter pour l'obtenir. C'était la seule chose qui nous restait pour dire à l'administration Bush qu'un détenu a sa dignité, qu'il ne vit pas que de pain, que la liberté est plus importante.

Silvia Cattori : Comment cela se passait-il quand ils vous alimentaient de force ?

Sami El Haj : Quand il y avait plus de quarante détenus qui faisaient la grève de la faim, l'administration du camp tentait de briser leur résistance en nous faisant subir davantage de tortures. On nous isolait dans des pièces froides, on nous dénudait, on nous empêchait de dormir pendant de longues périodes. Deux fois par jour, les soldats nous attachaient sur une chaise spéciale. Ils nous appliquaient un masque sur la bouche ; ils nous introduisaient un gros tuyau dans le nez, pas dans l'estomac. Alors que la ration d'aliment normale était de 2 canettes, ils nous punissaient en injectant 24 canettes et 6 bouteilles d'eau. L'estomac, rétréci par les longues grèves de la faim, ne pouvait pas contenir ces quantités. Ils ajoutaient des produits qui provoquaient la diarrhée. Le détenu, maintenu attaché sur cette chaise plus de 3 heures, vomissait, vomissait. Ils nous laissaient dans le vomi et les excréments. La séance terminée ils arrachaient le tuyau avec violence ; quand ils voyaient le sang couler ils riaient de nous. Comme ils font usage de tuyaux infectés, jamais nettoyés, les détenus souffrent de maladies laissées sans soins.

Silvia Cattori : C'est grâce à cette longue grève de la faim que vous avez été libéré ?

Sami El Haj : Pas seulement à cause d'elle, mais c'était une des raisons qui a poussé l'administration à me relâcher.

Silvia Cattori : Que penser des aveux de Khaled Sheik Mohamed [4], qui s'accuse d'avoir organisé plus de 30 attentats dans 17 pays ?

Sami El Haj : Peut-être qu'ils l'ont torturé à un point où l'on n'est plus soi-même. Je ne l'ai jamais rencontré parce qu'ils l'ont mis dans un camp spécial. Un officier m'a dit qu'ils l'ont durement atteint ; vous pouvez vous en douter : ils l'ont terriblement torturé.

Silvia Cattori : Quand les Etats-Unis affirment qu'il est le « terroriste No 3 d'Al-Qaïda », cela a-t-il un quelconque rapport avec la réalité ?

Sami El Haj : Vraiment, je ne crois rien de ce qui vient de l'administration Bush. Parce que, moi aussi, ils m'ont accusé d'être un « terroriste ». Et je sais mieux que personne ce qu'il en est. Ces gens mentent trop. Je ne crois jamais rien de ce qu'affirme cette administration. Je connais un prisonnier qui a été tellement torturé, qu'à la fin il a dit : Je suis Oussama Ben Laden. Il disait ce qu'ils voulaient pour faire cesser les tortures.

Silvia Cattori : Alors, Al-Qaïda, est-elle une création des services de renseignements occidentaux ?

Sami El Haj : Pour ce que je sais, dans ma vie, je n'ai jamais rencontré personne qui m'ait dit : J'appartiens à Al-Qaïda.

À Guantanamo, j'ai rencontré la majorité des détenus parce que la politique de nos gardiens était de ne pas laisser les prisonniers vivre longtemps ensemble dans la même cellule. Ils nous transféraient chaque semaine ; ainsi, on faisait la connaissance de nouvelles personnes. Les gens que j'ai rencontrés à Guantanamo sont tous des gens pacifiques.

Depuis que je suis sorti, j'ai parlé avec plus de 100 d'entre eux. Ceux qui étaient mariés ont recommencé leur vie, les célibataires se sont mariés.

Silvia Cattori : Ceux qui puisent des forces dans la prière ont-ils plus de chance d'échapper à la folie ?

Sami El Haj : Bien sûr ! Si vous sentez que quelqu'un vous accompagne, surtout si c'est Dieu, vous allez être patient et, à tout moment, vous allez vous rappeler que Dieu a plus de pouvoir que les êtres humains. Je dois prier Dieu et le remercier. Je dois aussi remercier tous les gens qui m'ont soutenu. Je pense que, même si je passais ma vie à dire merci, je ne parviendrais pas à les remercier tous. Maintenant, par mon travail en faveur des droits de l'homme, peut-être que je pourrai contribuer à rendre plus heureusela vie d'autres personnes .

Silvia Cattori : Je crois que les médias et les ONG, chez nous, n'ont pas accordé l'importance qu'il eût fallu à la défense des droits de ces prisonniers musulmans [5]. Durant longtemps, dénoncer les abus commis contre eux, c'était vu comme un signe de sympathie avec les « terroristes ». Savez-vous que les responsables de « Reporters sans frontières », par exemple, dont la mission est de protéger les journalistes, ont été critiqués pour avoir attendu cinq ans, avant de parler de votre cas [6] ?

Sami El Haj : Les gens, malheureusement, ont cru ce que leur disait l'administration des Etats-Unis. Maintenant qu'ils ont compris que cela n'était pas vrai, ils corrigeront. Comme je vous l'ai dit, si quelqu'un fait une erreur, ce n'est pas un problème ; le problème, c'est de persévérer dans l'erreur.

Si les journalistes ne se sentent pas concernés quand des journalistes sont emprisonnés dans le cadre de leur métier, un jour peut-être, ces mêmes journalistes vont se trouver en prison et ils ne trouveront personne pour les défendre. Nous devons travailler ensemble, nos devons nous occuper de chaque cas. Si l'on apprend qu'un journaliste est emprisonné, on est censé le soutenir, par delà sa couleur ou sa religion.

Comme journaliste, je veux m'engager à soutenir les journalistes qui travaillent pour la défense des droits et des libertés. Il y a un immense travail devant nous. Nous devons nous engager pleinement pour faire libérer les gens qui sont enfermés à Guantanamo et dans ces nombreuses prisons secrètes où l'administration Bush prive de leurs droits des dizaines de milliers d'autres.

Cette expérience à Guantanamo nous a profondément marqués. Ce que je veux retenir est la nécessité et l'importance de la défense des droits de l'homme. Après tout le mal qui a été fait, tout le monde se sent aujourd'hui davantage concerné, je crois. Il n'est pas acceptable d'abandonner des gens qui souffrent. Nous avons l'obligation impérieuse de nous solidariser avec eux.

Al-Jazira compte s'associer avec les médias libres pour collecter les informations qui ont trait aux droits de l'homme et aux libertés. Je demande à tous les journalistes de coopérer avec nous en ce sens. Il y avait plus de 50 nationalités à Guantanamo ; c'est une affaire mondiale, et non pas la question de tel ou tel détenu.

Il est honteux que, dans notre société, des innocents que l'on a vendus se trouvent enfermés dans des cages, et que cette violation des droits fondamentaux soit le fait d'un pays qui prétend être le garant des droits et des libertés.

Je n'ai aucune haine. Nous respectons les citoyens des Etats-Unis. C'est leur gouvernement actuel qui doit assumer les conséquences de ces actes.

Les droits de l'homme et la sécurité ne sont pas séparables, on ne peut pas avoir la sécurité sans le respect des droits fondamentaux.

Silvia Cattori : Vous avez raison d'appeler les honnêtes gens et les journalistes à ne pas accepter que l'on viole les lois internationales et que l'on inflige des traitements cruels et dégradants à des êtres humains. Mais cette politique n'aurait pas pu durer si elle n'avait pas le soutien tacite des gouvernements des grandes puissances ; c'est avec leur assentiment que les gens désignés comme « ennemis combattants » ont été torturés [7]. Le « Patriot Act, » par exemple, promulgué après le 11 septembre aux Etats-Unis, tous les pays européens ont souscrit à son contenu. C'est dans le cadre de ces Accords secrets que les agents de la CIA et du FBI ont pu enlever et torturer, en Europe, des milliers d'innocents comme vous.

Sami El Haj : Je veux vous dire ceci : je ne crois pas en l'action des gouvernements. Parce que tout gouvernement, de n'importe quel pays, préfère gouverner sans se confronter aux problèmes réels des gens. Peut-être que, parfois, il intervient pour dire qu'il soutient telle cause mais, au fond, il ne la soutient pas. Ce n'est que pour des raisons politiques opportunistes qu'il se prononce. Et peut-être même qu'il affirme soutenir, par calcul politique, une chose en laquelle il ne croit pas. Oubliez les gouvernements, parce qu'ils mènent leur politique. Oui, nous devons continuer à travailler dur pour défendre les droits et les libertés de chacun.

Silvia Cattori : Peut-on conclure en disant que les « terroristes » tels que présentés par l'administration Bush et nos médias n'existent pas ?

Sami El Haj : Je puis vous assurer que les détenus de Guantanamo que j'ai rencontrés ne sont pas des « terroristes ». J'ai eu l'occasion de parler avec eux, de les connaître : ce sont des gens pacifiques.

Silvia Cattori : Alors on vous a arrêtés, comme ça, parce qu'il fallait faire du chiffre pour faire croire aux autres pays européens qu'il y avait bel et bien des « terroristes » musulmans ?

Sami El Haj : Nous avons été arrêtés à la suite de l'attentat du 11 septembre, dont personne à ce jour ne peut dire qui en est l'auteur. Bush ne voulait pas dire : J'ai fait des erreurs, je n'ai pas assuré correctement la sécurité. Il a dit : Nous allons commencer une guerre contre ces « terroristes ». Résultat : il n'a pas apporté la sécurité à qui que ce soit.

Il a fait bombarder l'Afghanistan, il a envoyé ses soldats faire la guerre à des peuples entiers, mais il n'a pas arrêté les personnes qu'il s'était fixé d'arrêter. Il a versé des sommes d'argent aux Pakistanais pour qu'en contrepartie ils commencent à arrêter des gens et les remettent à son administration.

89% des gens, à Guantanamo, ont été achetés, contre espèces sonnantes, aux autorités Pakistanaises. Où les ont-ils trouvés ? Ils les ont trouvés au Pakistan, pas en Afghanistan.

Silvia Cattori : Ces prisonniers ont ensuite été torturés avec la promesse de cesser, s'ils acceptaient de devenir espions au service de la CIA !? C'est un système terrifiant ?!

Sami El Haj : Oui. Attendons que M. Bush ait quitté l'administration. Lorsqu'il aura quitté son fauteuil, je suis sûr que beaucoup de gens vont s'exprimer sur ses méfaits.

Silvia Cattori : Votre témoignage est très important. On a massacré votre jeunesse. Et vous avez la magnanimité de transformer ce désastre en quelque chose de constructif. Vous refusez de vous considérer comme victime. Vous êtes vraiment magnifique ! Tant de gens en prison doivent attendre l'aide de gens de votre qualité.

Sami El Haj : Nous devons travailler dur, afin que ceux qui continuent de soutenir l'administration Bush finissent pas se sentir honteux de leurs actes. A ce moment-là, personne ne va plus les aider. Et quand plus personne ne les aidera, ils arrêteront.

Toute l'histoire de Guantanamo est une tache noire. L'administration Bush a voulu duper l'opinion en disant que nous étions des terroristes. Or ces hommes que l'on a enfermés en leur grande majorité, sont comme moi, innocents.

Silvia Cattori : Merci de nous avoir accordé cet entretien.

# Posté le dimanche 03 août 2008 10:07

Obama , le candidat du terrorisme imperialiste au service des intérêts socio-économiques de la bourgeoisie.

Dans une entrevue avec le correspondant de Newsweek Richard Wolffe, Obama a insisté sur le fait que sa politique en Irak était celle d'un « retrait graduel » dans lequel les troupes américaines pourraient demeurer en Irak en grand nombre pour plusieurs années. « Ils auront besoin de notre aide durant un certain temps », a-t-il affirmé.

« Nous devrons les aider logistiquement et leur fournir des services de renseignement », a ajouté Obama. « Nous devrons avoir une puissante force de contre-terrorisme. Nous devrons continuer à former leur armée et leur police et les rendre plus efficaces. »

Lorsqu'on lui demanda quelle devait être l'ampleur de la force nécessaire pour mener ces missions, Obama répondit : « Je crois que cela dépend entièrement de la situation. Il est difficile de prévoir quelle sera cette situation dans six mois, dans un an, ou dans un an et demi. »

La campagne de McCain a aussitôt souligné le commentaire d'Obama selon lequel les décisions de retrait des troupes allaient « dépendre de la situation », déclarant ainsi qu'il admettait la justesse de la politique menée par l'administration Bush et défendue par McCain, rejetant tout échéancier « artificiel » pour le retrait des soldats américains.

« Barack Obama exprime finalement la position d'un niveau soutenu de soldats américains en Irak en fonction des conditions sur le terrain et de la sécurité du pays », a déclaré le porte-parole de McCain, Tucker Bounds. « C'est exactement la position que défend McCain depuis longtemps. »

La poussée marquée d'Obama vers la droite sur la politique étrangère a été remarquée ailleurs : en Israël, où des politiciens comme le dirigeant droitier du Likoud Benjamin Netanyahu, le premier ministre Ehoud Olmert et son rival du Parti travailliste Ehoud Barak ont tous accueilli la position du candidat démocrate sur l'Iran. Ecrivant dans le journal le plus distribué d'Israël, Yediot Aharanot, l'éditorialiste Itamar Eichner a déclaré : « Pour chaque crainte, interrogation ou question, Obama a tout de suite offert une réponse sioniste adéquate. »

Walter Russell Mead, un analyste conservateur de la politique étrangère, a commenté la convergence sur la politique étrangère d'Obama, de Bush et de McCain dans un éditorial publié dimanche dans le Los Angeles Times. « Le pèlerinage d'Obama à l'étranger semble indiquer un fait important : en pleine année politique acerbe, un vague consensus sur le Moyen-Orient semblerait émerger », a-t-il écrit.

Selon lui, les quatre principales questions de politique sur lesquelles les deux candidats et l'administration Bush sont essentiellement d'accord sont les suivantes : une implication militaire américaine accrue en Afghanistan et en Asie centrale; l'usage de la force jugée nécessaire pour empêcher l'effondrement de l'actuel régime irakien; une alliance avec Israël contre les Palestiniens; et le maintien des pressions sur l'Iran, en employant la diplomatie, les sanctions et finalement la force, si nécessaire, pour empêcher Téhéran de développer des armes nucléaires.

Jubilant presque devant la gifle donnée à la vaste opposition populaire à la guerre en Irak, Mead ajouta : « Et, l'ironie des ironies, le consensus, apparemment adopté par Obama, semble être plus près des positions de Bush que de celles des activistes anti-guerre qui ont propulsé le sénateur de l'Illinois à la nomination. »

Le chroniqueur de droite mettait en évidence la plus importante caractéristique de la campagne présidentielle de 2008 : une fois de plus, comme lors des trois dernières élections, le parti démocrate sert de tombeau politique pour l'opposition au militarisme américain.

Des centaines de milliers de personnes, plusieurs d'entre eux des jeunes et des étudiants, ont appuyé la campagne d'Obama en espérant que son élection mènerait à la fin de la guerre en Irak. Obama a fait appel aux sentiments anti-guerre lors de la campagne pour les élections primaires contre Hillary Clinton, déclarant que la guerre « n'aurait jamais dû être autorisée et n'aurait jamais dû être lancée ».

Mais, alors qu'il passe le dernier obstacle du concours présidentiel – rassurer les sections les puissantes de l'élite dirigeante américaine qu'il va défendre leurs intérêts économiques et stratégiques, au Moyen-orient et partout dans le monde – Obama a abandonné son discours anti-guerre et a parlé ouvertement en tant que futur commandant en chef de l'impérialisme américain.

Le candidat présidentiel démocrate avait ce ton lors d'une entrevue accordée à « Meet the Press » et télédiffusée dimanche matin. A Tom Brokaw, de NBC, lui demandant pourquoi il ne voulait pas admettre que l' « escalade » de Bush en Irak avait été succès, il répondit ainsi :

SÉNATEUR OBAMA : « d'essayer de choisir un facteur dans une situation compliquée n'est tout simplement pas exact et ça ne tient pas compte des questions stratégiques plus larges qui ont été en jeu pendant ce processus. Ecoutez, nous avons une capacité finie de ressources. Nous avons un nombre fini de troupes. Notre armée est poussée à la limite de manière exceptionnelle parce qu'on essaie de combattre deux guerres en même temps. Alors, mon boulot en tant que prochain commandant en chef sera de prendre la décision à savoir quelle guerre doit être menée et comment devons nous la combattre ? Et je pense que nous aurions dû nous concentrer sur l'Afghanistan depuis le début. Nous aurions dû finir ce travail. »

Notez la phrase : « Mon boulot en tant que prochain commandant en chef sera de prendre la décision à savoir quelle guerre doit être menée ».

Ainsi, le peuple américain aura le choix le 4 novembre entre voter pour la guerre #1 ou la guerre #2, l'Irak ou l'Afghanistan. En fait, ils se feront imposer les deux guerres, avec seulement de légères différences entre les Démocrates et les Républicains à propos de quelle guerre devrait recevoir la plus large proportion des ressources militaires américaines. Ceux qui s'opposent au militarisme américain, qui veulent mettre fin à l'oppression et à la violence causées par l'agression impérialiste à travers le Moyen-Orient et l'Asie centrale, ont été privés de leur droit de représentation par les deux partis de la grande entreprise.

Au cours de l'entrevue à « Meet the Press », Brokaw a fait référence aux intérêts matériels en jeu dans le Moyen-Orient lorsqu'il a demandé à Obama si les troupes retirées d'Irak « qui n'iraient pas en Afghanistan resteraient dans la région pour protéger les gisements de pétrole saoudiens ? » Obama a répondu que des troupes resteraient déployées dans le golfe Persique, sans préciser combien ni où.

Il y a une discussion de plus en plus ouverte dans la presse américaine au sujet des intérêts pétroliers qui ont motivé l'intervention américaine en Irak, une discussion sans doute encouragée par la perspective que les compagnies pétrolières américaines peuvent être sur le point de bénéficier concrètement du rôle dominant des Etats-Unis dans le pays conquis.

Le Washington Post, par exemple, a récemment publié deux éditoriaux affirmant que les réserves pétrolières de l'Irak étaient un intérêt vital des Etats-Unis. Le 16 juillet, le journal a attaqué le discours d'Obama sur l'Irak prononcé la veille dans lequel ce dernier réaffirmait son soutien pour un calendrier de retrait des troupes de combat américaines sur une période de 16 mois. Critiquant Obama pour avoir soutenu que l 'Irak détournait l'attention d'intérêts stratégiques plus larges, le Post a écrit : « C'est une manière irrationnelle et ahistorique de regarder un pays situé au centre stratégique du Moyen-Orient et possédant certaines des plus grandes réserves de pétrole au monde. Peu importe que la guerre ait été une erreur ou non, l'avenir de l'Irak est un facteur essentiel de la sécurité des États-Unis. S'il est élu président, M. Obama devra tôt ou tard aligner sa stratégie en Irak sur cette réalité. »

Un deuxième éditorial en date du 23 juillet a félicité Obama pour avoir pris une position plus flexible sur l'Irak, mais a critiqué son affirmation que l'Afghanistan devrait être le vrai « front central » des opérations militaires américaines. Il a onclu sur un ton remarquablement direct : « Bien que les Etats-Unis aient intérêt à empêcher la réapparition des talibans afghans, l'importance stratégique du pays n'est rien comparée à celle de l'Irak, qui se trouve au centre géopolitique du Moyen-Orient et contient certaines des plus grandes réserves de pétrole au monde. »

Ainsi parle l'impérialisme américain quand il ne cherche pas à masquer ses intentions. Le message du Post est le suivant : mettons de côté les belles phrases sur la lutte au terrorisme et les attaques du 11 septembre à venger ; c'est bon pour embobiner le peuple américain, mais aucun président ne peut prendre cela au sérieux ; la vraie question est de garantir le contrôle d'un pays « qui se trouve au centre géopolitique du Moyen-Orient et contient certaines des plus grandes réserves de pétrole au monde. »

Ceux qui veulent sincèrement mener une lutte contre la guerre impérialiste doivent réaliser qu'il est impossible de séparer les atrocités militaires commises par le Pentagone des intérêts socio-économiques de la classe dirigeante qui envoie l'armée sur le front.

# Posté le dimanche 03 août 2008 09:25