Ceci fait, j'ai donc estimé que rien, ni personne, qu'aucune règles ne m'obligeait à recevoir Mr SARKOZY. Seul le devoir d'être cohérent politiquement et idéologiquement avec l'action que le peuple martiniquais a initiée et internationalisée le 6 décembre 2005, m'a guidé quand j'ai dit que je ne recevrai pas Mr SARKOZY à Sainte-Anne. Ce n'est pas un acte de courage de ma part, c'est un geste de bon sens ; et c'est par respect des martiniquaises et des martiniquais et de tous mes frères et s½urs des banlieues de France et des pays autrefois colonisés que j'ai dit non à Mr SARKOZY.
Garcin MALSA,
Vice-président du Conseil Général de Martinique – Maire de Ste ANNE – Président du MODEMAS.
Par contre, je l'affirme, ceux qui, hier, étaient dans les rues à dénoncer la « loi de la honte » approuvée et non abrogée par Mr SARKOZY, en le recevant aujourd'hui ont agi avec une « éthique de la peur », en pensant à leurs futurs dossiers que le ministre pourrait bloquer. Le principe républicain ne serait-il pas applicable en Martinique ?
Ils ont fait fausse route et n'ont surtout pas compris qu'il y avait une liaison forte entre les événements des banlieues et la manifestation quasi-spontanée en Martinique qui ont eu pour conséquence l'abrogation de la « loi de la honte ». Ils n'ont pas compris la portée universelle lancée à partir de la Martinique, sacralisée par Aimé CESAIRE ; et dans laquelle beaucoup de militants contre les discriminations en France et ailleurs se sont retrouvés.
En recevant Mr SARKOZY quelques jours seulement après l'abrogation de l'article 4, ceux qui l'ont fait, alors qu'hier encore lui reprochaient son indignité et son manque de discernement ont « kayé » devant Mr SARKOZY. Ils ont du même coup galvanisé la droite martiniquaise qui était complètement à l'agonie. Et que l'on ne s'étonne pas après que des martiniquais, notamment des jeunes, ne fassent pas confiance aux élus. Comment donc peuvent-ils avoir une claire visibilité de l'acte politique ?
Non, Mr SARKOZY n'a pas reçu un accueil populaire. Le peuple, ce jour là, vaquait à ses occupations, était au travail, dans les rues, dans les quartiers ou encore dans les supermarchés. Au contraire Mr SARKOZY a été sévèrement contesté. Des organisations syndicales, écologiques, politiques ont manifesté leur refus à Mr SARKOZY, devant le bâtiment du Conseil Régional, devant le pavillon militaire du fort Saint Louis et dans la cour de l'ancienne mairie, au moment ou il allait être reçu par Aimé CESAIRE qui, intelligemment, et avec la subtilité qui le caractérise lui a remis le « Discours sur le colonialisme », geste qui continue à avoir sa portée universelle. Les militants qui manifestaient ont été violemment traités et battus par les gendarmes dont le nombre était disproportionné. Des militants voulaient dénoncer la politique coloniale en Martinique qui a instauré « le génocide par substitution » qui continue de renforcer le pouvoir des gros planteurs en leur facilitant le monopole sur tout. La dernière en date, celle du monopole de l'eau que ces groupes « possédants » s'apprêtent à prendre en soutirant du pouvoir préfectoral une autorisation de prélèvement d'eau, dans des conditions loufoques dans la commune de Grand Rivière, alors que l'eau est un bien commun « patrimoine de la nation » et un patrimoine de l'humanité.
C'est à vous enfants, fils filles, frères, ami(e)s et militants qui ont combattus la « loi de la honte » que je m'adresse : soyez rassurés et gardez espoir. Ce que les images nous ont montré en Martinique est le résultat d'une pièce de théâtre bien préparée par plusieurs émissaires de Mr SARKOZY qui ont saisi une opportunité post-carnavalesque où les esprits sont encore endormis.
Après le départ de Mr SARKOZY et au prochain renouveau, époque où redémarre la végétation chez nous, le peuple fera sa sélection. Mais je voudrais aussi porter la parole à mes concitoyennes et concitoyens de Martinique : Attention à ceux qui pensent que nous martiniquais agissons pour « le ventre », nous sommes un peuple de l'âme et du grand esprit. Enfin, Attention aussi à celui qui a dit à Mr SARKOZY qu'il n'avait « pas à se repentir ». N'oubliez pas, je vous le dis encore, le peuple fera sa sélection